Malcie on ze Blog

08 avril 2009

Le Vide et nous. Part one

Bon sang.
J’ai rien écrit depuis le mois de février.
Enfin si, sur mon autre blog que j’ai, et que connaissent certaines petites malines qui me lisent, y a un petit post.

Vite Vite, un post, un post.

Bon, j’avais prévu de surfer comme une reine sur l’actu, et de rebondir (ouille) sur l’expo en cours, du 25 février au 23 mars (aille) à Beaubourg.

Vides, une rétrospective.

 

- Au premier étage des collections permanentes, neuf salles vides.

Question : pourquoi neuf ?

Réponse : parce que dix ça aurait fait psycho rigide

Autre réponse : parce qu’ils n’ont trouvé que neuf artistes ayant réalisés des vides. 

 Vides exposés:

1- Yves Klein. La spécialisation de la sensibilité à l'état matière première en sensibilité picturale stabilisée.
2- Art & Language.
The air-conditionning show.
3- Robert Barry. Some places to which we can come, and for a while "be free to think about what we are going to do.".

4- Robert Irwin. Experimental situation.

5- Laurie Parsons. Sans titre. < Chapeau bas !
6- Bethan Huws. Haus esters piece.

7- Maria Eichhorn. Money at the Kunsthalle.
8- Roman Ondak.
More silent than ever.
9- Stanley Brouwn. Un espace vide dans le centre Pompidou < Bien vu aussi


- Une exposition préparée par six commissaires.

Question : pourquoi six ?

Réponse : parce que pour décider de où non mettre les œuvres, il fallait au moins ça.

Autre réponse : parce que pour rédiger le dossier de presse, il fallait au moins ça.

 

- Dans la salle exposant le vide de Stanley Brouwn, le vide a été tagué d'un carré noir signé.

Question : le vide est-il toujours vide ?

Autre question : Est-ce une autre exposition, celle des non-oeuvres ayant été réinventées ?

Réponse : burp (pardon)


- Une exposition dont on peut trouver le catalogue à la librairie, au prix de 39 €

Question : est-ce que c’est bien la peine que je tente de faire de l’humour là-dessus ou bien est-ce que ça se suffit à soi même ?

Réponse : je pourrai jamais faire aussi bien.

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07 avril 2009

Le vide et nous. Part two















J'ai trouvé ça hyper fort

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02 février 2009

Malcie backstage. Trop rock 'n roll

La semaine dernière j’ai acheté un pull terrible chez H&M, avec des rayures sucre d’orge genre Paul Smith mais au prix H&M. C'est-à-dire 29 € au lieu de 480. A peu près.

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Je l’avais dans mon sac quand je suis passée voir Florence et elle a rugi « ahhhh, tu l’as acheté ! Je l’avais repéré et puis je l’ai pas pris, ça faisait trop collégienne… »

Ce mardi de la loose, j’ai du farfouiller dans les placards pour trouver un truc à mettre par-dessus le pull à rayures, et va savoir pourquoi, je suis allée ressortir ce putain de duffle-coat vieux de quinze ans.

Va savoir pourquoi, va savoir pourquoi…

Maintenant, après analyse, je sais. Bien sur, perspicace, tu as deviné que c’était la petite phrase de Florence qui avait tout déclenché. Le style Collège. Mon Dieu.

Qu’est-ce qui m’a pris ?

C’est un vrai Duffle-coat en drap épais, avec la capuche bien raide que tu marches dans la lumière ton ombre elle a la forme d’un requin-marteau.

Et il est rouge.

Voilà, Sophie Marceau dans L’Etudiante.

Bien sur, tu n’as jamais vu ce film, où Sophie Marceau se mord la lèvre inférieure pour exprimer ses profondes questions existentielles, à savoir vivre sa passion avec Vincent Lindon ( ? ) où terminer sa thèse ( re ? ).

Moi si, je l’ai vu, ce pitch prodigieux en est la preuve, pas vrai ?

Parce que dans ce film, Sophie Marceau joue une étudiante en lettres à la Sorbonne. Comme ma copine Marie.

Marie, dont c’est le film culte, parce que ça lui rappelle trop ses années de fac. Et comme je suis vraiment une copine empathique, j’ai vu ce film.

Donc on en est là, ce mardi 27 janvier, une grosse journée farcie de rendez-vous, où pour l’instant, je ne regrette pas spécialement d’avoir ressorti ce nom de dieu de duffle-coat du placard. Même pas le moindre « Tiens, voilà le petit chaperon rouge », rien, je me fonds dans le décor.

Arrive le soir tatati tatata. Concert de Miossec et Tiersen. Je dois prendre des photos et comme je suis une grosse maline, je me suis méfiée, et j’ai appelée Catherine, la manageuse de Miossec, pour lui demander une autorisation avant le concert, au moment des balances.

Sauf que Miossec, les balances, il les fait pas. Ah ben oué.

Bon, là, pourtant, ça aurait été pas mal qu’il les fasse, mais c’est une autre histoire, on est pas dans les Inrocks, alors, reposons-nous.

Gentille comme tout, Catherine me propose de rejoindre les garçons dans leur loge après le concert. Super merci Catherine, je resterai que cinq minutes, je vais déranger, je sais ce que c’est, après le concert, c’est pas le meilleur moment patali machin. « Ah bah faut pas s’imaginer des trucs avec les groupies tout ça. C’est très sage », elle me dit Catherine.

Et alors très bien, allons-y.

Comme j’ai pas super envie d’aller prendre ces photos dans les loges, je vais quand même essayer d’en taper une ou deux sur scène. Durant les trois premières chansons du concert, pendant lesquelles les photos sont autorisées, je mitraille furieusement les deux lascars, à deux mètres en arrière du proscenium, dans une lumière proche de celle d’une chambre à coucher à deux heures du matin quand tu rallumes pour aller faire pipi.

C’est formidable toutes les photos sont floues.

J’ai donc maintenant vraiment vraiment besoin de ces photos backstage.

Je te vois d’ici « Ah, super super, c’est trop cool d’aller voir des big stars en loge, trop cool qu’est ce que je donnerais pas moi pour aller féliciter machin machin, quelle tuerie ».

Ah ouais, super. Une vraie tuerie.

Le concert vient de s’achever, on est dehors avec Marie à fumer notre clope, et je commence à me décomposer.

Déjà, et oui, voilà, on y est arrivé, tu comprends mieux le préambule maintenant, je me rends compte que mon fashion choix a tout faux. Nom de Dieu ! Un DUFFLE COAT pour aller dans les loges ! Le truc le moins rock ‘n roll de la terre…C’est génial. Je suis parfaite. Je ne vais pas du tout détonner, ils vont a-do-rer. A part le col Claudine ou le kilt écossais, franchement, je vois pas ce que j’aurais pu faire de pire.

J’y avais juste pas pensé. Et oué, pourtant tout le monde y pense à ces trucs là. Je connais des tas de filles qui sont toute l’année en parka, quand elles vont à un concert, elles mettent le blouson en cuir de leur petit frère.

Bon, Catherine, elle m’avait dit de laisser passer un quart d’heure après la fin du concert, ça y est. Je la ramène pas trop. Je sais bien comment ça va être. Pas du tout du tout le moment, gavé de gens qui n’auront pas oublié de mettre un blouson en cuir, et des bières partout.

En réalité ce sera pire.

Bon, je hèle ma copine Anne pour l’accès aux loges. Elle me dit « Je t’ouvre et tu te débrouilles ? ». Ah ben tiens oui, bien sur, c’est une sacrée bonne idée ça, elle m’ouvre et je toque aux portes de loges bourrées de mecs en slip pour leur demander où c’est qu’ils sont Miossec et Tiersen. J’insiste donc pour qu’elle m’accompagne au moins jusqu’à leur loge. Et le truc qui me rassure pas, c’est qu’elle fait carrément pas la maline.

Arrivées dans le couloir, elle s’enquiert diligemment de savoir si c’est bien là qu’ils sont, elle ouvre la porte de la cage loge et elle jette « Je vous présente bla bla bla qui vient pour bla bla bla. Voilà. Je vous laisse » et elle se casse.

Putain Putain Putain.

Bon, là, je sens bien que tu attends une bonne grosse description à la Balzac, alors finissons-en. Plantons le décor. Une grande loge toute blanche, tous néons allumés, ambiance verdâtre. La porte-fenêtre grande ouverte sur un balcon. Partout des Heineken. Une bouteille de rouge presque vide. Des paquets de clopes éparpillés. Des vrais paquets de mecs, des Lucky souples tous froissés, un peu écrasés. Là, on peut le dire, c’est rock ‘n roll.

Les personnages sont : une ou deux filles, assises les pieds ballants, le regard un peu fatigué, et une douzaine de mecs, zicos, mecs de la technique, régie, machin. Autant te dire que si y a des gars qui sont rock ‘n roll dans un rayon de dix kilomètres, c’est eux.

Et puis y a moi, dans mon duffle-coat rouge.

Tu visualises pas mal, là, je pense.

ET ben on va y aller alors. Miossec et Tiersen ils sont sur le balcon, en train de fumer des clopes, une bière sur la hanche. Ils me regardent avec beaucoup de sympathie.

Non, je déconne.

Comment dire ? Je sais même pas si ils me voient. Je traverse la loge sous le regard amical (Capito ? voir plus haut) de la demi-douzaine de mecs très rock avec une bière sur la hanche, et je m’avance vers eux.

Je me sens à peu près aussi déplacée qu’une dame patronnesse dans une concentr’ de bikers.

J’explique ce que je viens faire et ça les intéresse vachement, une gonzesse qui vient prendre des photos d’eux juste là, à un moment où ils ont à peu près tout ce dont ils pourraient rêver, à savoir une binouze et une Lucky. Ils ne sont pas hostiles. Quoi que. En tout cas pas une parole désagréable ne sortira de leur bouche. Ils me regardent à peu près comme, je sais pas, avec indifférence, un peu de dédain, d’ennui. Je peux même pas me plaindre, je suis à peu près sure que si je venais de me taper une heure de air guitar, je serais certainement aussi photographe-friendly qu’eux.

Ils attendent juste en debriefant que le régisseur les colle dans la voiture pour aller manger une entrecôte-frites.

Mais ils sont okay pour la photo, là, tout de suite sur le balcon avec la Heineken et les clopes, ça va être super avec le gros coup de flash dans la gueule. Intérieurement je pleure à gros sanglots.

Alors que je venais de lui dire trois mots sur le concert avec un sourire très naturel, tout d’un coup Miossec il est plus là. Il est allé pisser.

Bon. J’attends dans le coin du balcon tandis que Tiersen parle à voix basse avec je sais plus qui. Oui, j’entends ce qu’il dit, bien sur. Mais je le répèterai pas.

J’ai l’air toujours très très naturelle, avec mon duffle-coat rouge, mon sac à la main gauche et mon Pentax à la droite. Je songe cinq secondes à allumer une clope pour finaliser mon air naturel, et puis non. Tu vois pas que l’autre se radine et que ça me fasse louper la photo ?

Comme je ne peux pas dévisager tous ces types rock ‘n roll ni écouter ostensiblement Tiersen, je continue donc sur ma lancée à regarder rien d’un air dégagé et passer d’un pied sur l’autre, plantée comme une souche.

Miossec revient. Chouette, je kiffe mon destin.

Un des mecs rock sort alors du groupe et dit « Bon, vous faites la photo et on y va ? ». J’aime ce grand type en cuir très rock avec une bière sur la hanche, oh oui, je l’aime cet inconnu. Je bafouille d’une voix étranglée un truc du style «Oh, mon bon Samaritain ! ». Juste grotesque.

Et là c’est Tiersen qui se tire.

Bien sur, il va revenir. Puis disparaître, puis réapparaître tandis que j’ai toujours l’air de la fille la plus cool de la terre avec mon manteau rouge et mon sourire très naturel en plein milieu de la loge et des bières et des paquets de Lucky froissés.

Ils vont finir par me la faire, cette photo. Et en plus elle sera même pas floue. Bon, C’est sur, Tiersen, c’est pas celle là qu’il choisira pour mettre sur son profil Meetic.

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21 janvier 2009

L'art contemporain et nous. Part One

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Aujourd’hui Malcie va vous parler d’art contemporain.

Aaaaaah !

Chouette.

Oui, vous êtes contents, et moi aussi ! Parce que j’adore l’art contemporain.

Ben quoi ?

L’art contemporain, c’est quand même un réservoir inépuisable de chroniques potentiellement hilarantes. Que celui qui ne s’est jamais payé une poilade en lisant les cartels me jette la première pierre.

Une jubilation que vous n’avouerez jamais.

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Il est de très mauvais ton de s’afficher hermétique à l’art contemporain.

Ou alors en chuchotant, et encore, après avoir vérifié que celui à qui vous faites cette confidence honteuse ne cherche pas à vous piéger. Bien sur, ça vous est déjà arrivé aussi, au sortir d’une exposition qui vous avait laissé aussi dubitatif qu’un bulot devant un convertisseur euro, de tomber sur une connaissance qui vous entraine par l’épaule vers le buffet avec un grand sourire et un « Alooooors ? Tu trouves comment ??? » jovial. Il a l'air détendu, et balaye le sol devant lui de sa Converse, le torse en arrière et le gobelet pendant au bout du bras.

 

Et là, comme certains avant vous, vous commettez l’irréparable, vous ne vous méfiez pas, au lieu de noyer le poisson et répondre « Et ben écoutes, ça va bien, et toi, tes projets, ça avance ? », vous lâchez tout.

« J’ai trouvé ça franchement super nase. Un vide sidéral et dix pages de conceptualisation à la con.  C’est à peu près aussi intéressant qu’une notice de crème antirides »

 Et Toc ! Oulala vous ne l’avez pas loupé ! Alors là, vous vous êtes bien lâché. Et ça fait un bien fou. C'est vrai.

En un éclair vous comprenez que ce n’était pas la bonne réponse. L’œil de l’autre s’éteint progressivement, son sourire reste figé alors qu’il se détourne lentement pour attraper, sans même regarder, un verre de vin blanc. Un seul. Vous restez planté là, cherchant un appui autour de vous.Vous êtes bien seul, on dirait. Votre « connaissance » vient tout à coup d’apercevoir un de ces vieux amis de l’école maternelle, vers qui il agite frénétiquement la main « Ha Ha, Paul ! Incroyable ! » absolument médusé par la surprise de le voir là, vous balbutiant un faible « Tu m’excuses, hein… » vous montrant son ami d’enfance de la main, à la façon d’une hôtesse de l’air en début de vol, pendant qu’il le rejoint, vous gardant en vue le long du trajet pour vous abandonner définitivement une fois l’autre atteint. Autour de vous les conversations ont repris, mais en l’espace de cette « fraction de seconde » comme on dit dans les livres du grand auteur Marc L, c’est proprement incroyable, l’espace s’est reconstruit de telle manière que plus un trou ne figure dans les petits groupes, juste des dos, des profils, des trois-quarts, là où se trouvaient une « fraction de seconde » plus tôt des visages souriants et ouverts.Et oui. Vous avez perpétré un acte transgressif.
Si vous le voulez bien, nous allons décomposer ensemble la situation, et ainsi vous allez mieux comprendre vos erreurs.

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Tout d’abord, il y a fort à parier que vous avez mal évalué votre interlocuteur. Pourtant, quelques signes avant-coureurs auraient pu vous mettre sur la piste… Pour les garçons, écharpe légère, grise ou noire, faisant un tour - un seul - autour du cou, veste cintrée noire ou blouson de l’armée, paire de Converse, total look noir, lunettes rectangulaires noires, devraient agir comme autant de petits signaux d’alarme. Pour les filles, tous les looks arty et/ou bohèmes sont à considérer avec suspicion, mais c’est plus compliqué. Avec les filles, on ne peut jamais savoir. Après, il va sans dire que sont potentiellement tabous galeristes et commissaires d’expositions, tous les institutionnels de la culture, les artistes, principalement ceux qui s’estampillent « plasticiens », et les théâtreux, copains de blabla, qui partagent avec l’art contemporain le goût de l’explication de texte. Donc là, le conseil, c’est « silence ». A moins que l’interlocuteur n’envoie des indices par des mots clefs tels que « charlot » ou « n’importe quoi » ou encore « alors là je sèche », tenez-vous à carreau et continuez à observer et écouter du coin de l’oreille ce qui se dit autour de vous… La ruse la plus commune, bien sur, c’est de renvoyer la question à votre interlocuteur avec un « Et toi ??? » enjoué, tout en vous saisissant d’un gros toast recouvert de chantilly au basilic - mieux encore, la verrine de coquilles Saint-Jacques, mais plus rare - et en pointant du doigt votre bouche puis secouant la main comme si vous vouliez écarter une mouche, le geste étant censé signifier « oulala quelle grosse gourmande je fais j’ai pas pu résister vas y toi parle pendant que je mange ». Continuez à vous empiffrer de telle manière que vous ayez sans arrêt la bouche pleine pendant que votre interlocuteur se dévoile le premier. Vous n’avez plus qu’à ponctuer son discours de « hun hun » et hocher la tête vigoureusement. Si vous souhaitez garder un peu d’intégrité, vous pouvez toujours écarquiller très grand les yeux, ou bien pencher la tête sur le côté, ou encore fermer les yeux en inclinant la tête en arrière, comme si vous réfléchissiez très très fort à la profondeur et à la pertinence du commentaire de votre interlocuteur. Vous pourrez toujours prétendre plus tard, si le vent tourne, que vous n’avez jamais compris ce que Georges avait bien pu trouver à cette expo débile, et que lorsque vous en avez parlé, vous ne vous êtes pas gênée pour lui donner votre point de vue.

vernissage

Mais on ne peut pas tout le temps garder la bouche pleine... Et là se joue la partie la plus délicate. Vous avez encore quelques minutes de répit en attrapant un gobelet en plastique et en avalant de grandes gorgées de liquide pour faire passer la petite collation. Vous pouvez réitérer le petit sketch de communication non-verbale ci-dessus évoqué - les roulements d’yeux, la main agitée comme si vous aviez très chaud et très honte - mais après la déglutition finale, il faudra bien y aller.

Oublions l’astuce citée plus haut, le « Ahan, saluuuuuuuuut toi ! » en filant vers une vieille copine d’un air très désolé et en haussant les épaules. L’autre est déjà au bord de l’implosion, vous n’allez pas vous en sortir comme ça, il réclame son dû, et il a bien raison. La lâcheté est un vilain défaut. Vous devez montrer de quel bord vous êtes. Vous engager.

Les trois quarts des gens ici présents n’ont pas eu à la faire ? Je sais, c’est injuste.

Pas de bol. Peut être n’avez-vous pas été assez rapide ? N’auriez-vous pas pu prendre le bras d’une amie juste à la sortie pour lui murmurer une petite confidence, lui rapporter une anecdote, un truc qui commence par « Tu sais pas ??? Je… ». Vous auriez échangé quelques mots ensemble en riant de concert jusqu’au buffet et c’était bon, sauvé. Tout le monde a oublié pourquoi il était là, une fois le buffet atteint.

Après, pour la gestion des attaques embusquées pendant le reste de la soirée, ce n’est qu’une affaire de bon sens, il n’est pas bien difficile de repérer les snipers. Ce sont eux qui continuent à déambuler dans la galerie, un verre à la main, en s’arrêtant devant les œuvres d’un air pensif, exécutant la danse du vernissage, deux pas lents en arrière, trois petits pas rapides en avant, on tend le cou vers l’œuvre, on se recule en clignant des yeux, puis un pas de côté et on recommence. Les plus courageux lisent les étiquettes mais ce n’est pas forcément une bonne idée parce que ça prend au minimum trois quarts d’heure, le temps de relire trois fois chaque phrase et de se retourner pour pouffer sans que l’on vous remarque.

 

Donc, celui là, déjà, s’il déambule tout seul un verre à la main, c’est qu’il se fait chier parce qu’il ne connait personne. Et là vous tombez de Charybde en Scylla. Parce que le gars qui connait personne dans un vernissage, c’est lui qu’il faut à tout prix éviter. Souvent il est un peu moche, ou un peu vieux, ou les deux. Généralement non conforme aux codes vestimentaires en vigueur. Le boulet est rarement un type grand et bien bâti, au teint frais et sain du gars qui vit en plein air, les dents blanches derrière un bon sourire franc. Même si je dois avouer qu’on pourrait s’y tromper, non, Crocodile Dundee n’est pas un boulet. Le boulet parfois même, il sent de la bouche. Ne riez pas, vous savez bien que c’est vrai, qu’un malheur n’arrive jamais seul. Parce que ça vous est arrivé à tous. Ah oui. Pas forcément dans un vernissage, mais à un pot de fin d’année, un congrès professionnel, une invitation promotionnelle, une réunion de parents d’élèves, au Salon des chiots et petits chiens… Le boulet est souvent mal attifé, la chemise ou la veste qui tombe un peu, l’imperméable sur le bras. Il a souvent le poil un peu rare, la peau pâle, et il manque un peu de charisme.

Donc, là, c’est très simple, la seule technique possible c’est l’évitement. Ne jamais croiser son regard. Au besoin, loucher.

Après, même si on sait que le boulet est insensible aux signaux de communication non-verbale, on lui en envoie quand même quelques uns. La tête tournée systématiquement à l’opposé de là où il se trouve, le dos qui fait barrage. Ne pas hésiter à se tourner dans l’autre sens lorsqu’il passe et repasse, quitte à être grossier. Car grossier il faudra l’être à un moment donné ou à un autre il faudra en passer par là. Je sais, ça fait mal quand on a été élevé dans le respect du prochain, la charité envers les pauvres, les malades, les faibles, les exclus de la société…

Bon c’est comme vous voudrez mais je vous aurais prévenu.

Et ben voilà. Voilà où nous en sommes à présent. Le boulet est glué à vous comme une bernique au rocher depuis une demi-heure de bavardage mou, inintéressant, de considérations molles sur l’exposition, la qualité du champagne, quelques questions sur vous « Et vous venez souvent ? … Et vous êtes… ? Ah, oui, ça doit être intéressant… ». L’ennui tombe sur vous comme par hypnose, vous cherchez fébrilement comment vous débarrasser de l’importun, mais comme ils sont malins, ces gens là, ils savent que jamais ils ne doivent laisser retomber la pression, ne pas vous quitter des yeux une seule seconde, pour que vous n’ayez pas le temps de repérer une bouée de sauvetage, ne pas laisser le silence s’installer, jamais. Aussi la seule alternative pour vous à ce stade, c’est l’impolitesse. Jamais personne ne viendra volontairement vous sortir de ce mauvais pas pour prendre votre place.Si vous avez de vraiment bons amis dans l’assemblée, peut-être l’un d’entre eux, percevant votre embarras dans l’un des rares regards désespérés que vous avez pu lancer à la ronde, viendra-t-il vous délivrer par un motif fallacieux « Ah, Michel ! Je ne t’avais pas vu ! Dis-moi, tu ne m’avais pas parlé de… » vous prenant par l’épaule avec un grand sourire en direction du boulet « Je vous l’emprunte, hein ? ». Là, tout de suite, sans attendre, vous pouvez dire à cette personne que vous êtes son ami pour la vie et échanger vos sangs.

 

Sinon, il y a la technique de pêche à faible distance. Dans votre entourage proche, cherchez bien, il y a forcément quelqu’un que vous connaissez un tout petit peu. Quelqu’un avec qui vous avez échangé un sourire une heure plus tôt fera l’affaire, ne chipotez pas. Même ce type que vous détestez, Benjamin, totalement imbu de lui-même et lunatique, allez-y, c’est vraiment pas le moment de faire le difficile, franchement. Faites semblant de rire très fort à ce que vous raconte le boulet et tournez-vous aussitôt vers Benjamin, comme si il loupait le truc le plus rigolo du monde. Avec un peu de chance, il se rapprochera pour partager avec vous ce moment de franche rigolade et c’est là qu’il faut jouer finement. Ferrer doucement le poisson. Reprendre n’importe quel élément de la conversation molle « Comme me le disait justement Monsieur Boulet à propos de l’exposition, l’artiste a vraiment un univers très fort !!! Je vous présente Benjamin, un spécialiste de l’art, Monsieur boulet ! Je vais nous chercher des verres, pendant que vous papotez ensemble, hmmm ? Je reviens tout de suite ! » Le tout avec l’air le plus pimpant possible. Plein d’entrain, joyeux et vif. A aucun moment les protagonistes ne doivent se douter que vous ne reviendrez jamais.

 

Le conseil que je vous donne, c’est de vous tirer carrément. Si le lieu est très grand, vous pouvez sans risque ni honte passer le reste de la soirée planqué derrière votre copain Robert à grignoter des tartines et boire du jus de papaye tout en faisant se tordre vos amis à la narration de votre forfait, mais le plus sur c’est tout de même de vider les lieux. Parce que non seulement Benjamin risque n’avoir apprécié votre coup de pute que très moyennement, et venir vous le faire savoir vertement, mais aussi parce vous n’êtes pas à l’abri d’une deuxième salve de monsieur boulet.

verniss

 

 

 

 

Revenons à la dernière gorgée de blanc.

Vous vous êtes raisonné. Après tout, une petite compromission, ça n’a jamais fait de mal à personne, et puis, au fond, vous restez bien campé sur vos positions, vous avez votre opinion pour vous, n’est-ce pas l’essentiel ?

Et vous avez quand même eu trois ou quatre saucisses cocktail pour réfléchir...

Toujours pas la moindre petite idée ?

Bon.

D’accord.

Je vous aide.

Oui oui, ce sont des grands classiques, mais tellement parfaits. Ne me dites pas que « Oui, c’est très fort » ou « Je trouve ça intéressant » ont perdu de leur modernité et de leur efficacité ! Ne me dites pas que vous ne les avez jamais employées !
Encore mieux, l’une de mes très chères amies, me parlant d’une exposition à laquelle elle s’était rendue il y a quelques jours, m’en a sorti spontanément une très très bonne, qu’elle s’attend à trouver ici, puisque dans la seconde où elle s’est aperçue en rougissant de ce qu’elle venait de dire j’ai sorti mon calepin pour le noter.

« Y a truc qui n’est pas inintéressant mais j’arrive pas à cerner quoi »
.

Je jure que c’est vrai.


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18 janvier 2009

Spéciale Dédicace

Vous avez rendez-vous à l’Hôtel de Ville pour faire un reportage sur le Conseil Municipal des enfants. A l’heure dite, vous êtes devant l’entrée, une légère d’impression d’être une espèce de tulipe trop vite poussée dans un parterre de pétunias, la paille la plus longue de la courte paille au milieu de toute une tripotée de gamins, que vous voyez d’en haut, comme une photo d’Arthus-Bertrand. Vous n’avez pas l’habitude des gamins, ça se voit tout de suite. Vous vous demandez toujours s’il faut se pencher pour leur parler ou si ça va, d’en bas, ils vous entendent quand même.

Dehors, il fait encore un petit peu froid mais rien à voir avec les températures de ces derniers jours. Prudente, vous avez néanmoins consciencieusement accompli le rituel de l’empilement. Un collant par-dessus un collant (vous aviez commencé à appeler ça un legging, mais à présent, consciente du ridicule, vous ne savez plus très bien comment dire, le mot caleçon étant désormais réservé aux sous-vêtements masculins, alors vous dites collant sans pied), un peu retourné sur les hanches parce que ça vous serre le ventre, mais des fois aussi du coup ça fait froid au ventre alors vous le redéroulez mais c’est toujours un peu compliqué pour distinguer au toucher sur quelle strate vous vous trouvez. Quand vous allez faire pipi ça peut prendre un certain temps, surtout si vous avez gardé votre manteau, il arrive que la ceinture se glisse entre deux vêtements sans que vous en rendiez compte et là bien sur vous êtes obligée de tout reprendre un par un, avec votre sac qui s’est cassé la gueule de la poignée où vous l’aviez précautionneusement accroché en équilibre, parce qu’il n’y avait pas de patère. Parfois même la grande écharpe que vous avez achetée bien longue comme ils disaient dans Elle manque de peu plonger dans la cuvette, ou éponger le sol à vos pieds, mais le pire n’est jamais arrivé, parce que vous faites trois fois le tour du cou avant d’attaquer la séance. Ces derniers temps, la mission s’enrichissait de l’embarrassant problème des gants et du bonnet. Vous avez enfouis les gants dans les poches du manteau et ils dépassent légèrement comme de petites oreilles, en équilibre instable, parce que les poches sont un peu petites pour les grosses moufles que vous a offertes votre copine Marie l’année dernière, et que vous n’aviez encore jamais mises. Le bonnet, lui, est enfoncé jusque sur vos yeux parce que sinon, ça fait une grosse poche sur le dessus de la tête, comme les bonnets des Schtroumfs. Vous devez donc tourner la tête entièrement pour voir sur les côtés, en haut et en bas. Pour toutes les raisons évoquées ci-dessus vous avez un peu chaud.

Il vous est arrivé de rajouter une paire de chaussettes en soie, mais pas là. Vous regrettez presque, l’humidité, en Bretagne, est limite plus pénétrante que le froid alsacien (vous étiez en vacances en Alsace, mais bon, on s’en fout un peu, non ?). Pour le haut du corps, la partie sacrée qui ne doit surtout jamais avoir froid, vous avez commencé par un sous-vêtement en fibres creuses, spécialement développé par la Nasa, traité antibactérien, anti odeurs, anti froid, anti vent, anti humidité, qui laisse passer la transpiration (pour aller où ?) et bloque le froid. Après, vous rajoutez toujours une couche intermédiaire, vous vous méfiez de passer tout de suite au gros pull ou à la polaire, qui n’arrive, elle qu’en troisième place. Grace à cette gestion rigoureuse des épaisseurs, vous n’avez pas triplé de volume. En revanche, ce que vous n’aviez pas prévu, c’est qu’à la fin de la visite de la Mairie à la suite des enfants (le truc dont vous aviez commencé à parler il y a une heure et demie, bon sang, il suit, le lecteur, ou pas ?), votre téléphone sonnerait.

Vous épargnez au lecteur le pourquoi du comment, mais vous voilà à présent au premier étage, dans le bureau de votre copine Katell, qui vous fait de grands signes derrière la porte. Katell est hilare, elle vous dit « Hey t’as vu ? T’es dans grand paradi ! »

Dans les bureaux il fait au moins 40° en pleine après-midi. Vous aviez déjà retiré votre manteau en voyant avec inquiétude l’animatrice avec laquelle vous aviez rendez-vous en petite blouse de coton. Il vous faudrait à présent retirer au moins deux des trois couches de vêtements, mais l’opération pourrait vite tourner au cauchemar. Vous allez prendre sur vous et faire confiance à la fibre creuse, toujours sans jamais chercher à savoir où va aller la transpiration évacuée.

grand paradi ! Avec un g minuscule et sans s. Ah, grand paradi

grand paradi, c’est un blog. Vous l’avez découvert en surfant de ci de là, depuis le blog de votre copine Christelle, et vous êtes tombée sur le flanc, raide séchée, comment cette fille elle écrivait avec une grâce glacée, une drôlerie sans lourdeur, une poésie sans mièvrerie, une ironie sans aigreur. Vous lui avez sauté aussitôt sur le poil pour la couvrir de compliments (enfin il vous semble) et vous l’avez aussitôt installée sur un petit fauteuil, là, à droite, dans la colonne des liens, avec une couronne sur la tête. Katell, votre lectrice top number one super fan, parmi vos douze fidèles lecteurs, a aussitôt compris quelle pépite était grand paradi, et elle le lit avec gourmandise et régularité depuis qu’elle l’a découvert.

Et là, elle était super contente parce que grand paradi vous avait citée dans un de ses posts.

Vous vous demandez si Katell a bien compris que grand paradi vous citait parce qu’elle n’était pas parvenue à trouver comment insérer un lien dans son blog.
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23 septembre 2008

Rompre avec les codes... Epilogue

Hé, faudrait pas croire que HI est une vision d’horreur. Y a des trucs giga cools et méga géniaux aussi, mais c’est beaucoup moins drôle de les raconter.

- La piscine sur le toit, même si c’est une grande baignoire et pas une piscine, c’est juste sublime de barboter avec vue sur les toits de Nice et la mer turquoise en virgule à deux pas.

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- Sa terrasse, brique et bleu lagon, avec ses aloès et ses cactus, carrément belle.

- L’esthétique globale, ludique, acidulée, simplissime, au choix de couleurs aboutis et réussis.

- Les petits bocaux Le Parfait remplis de gloubi bio, assez marrants, mangés en tête à tête dans le patio désert, tout chaud de la nuit niçoise.

- Le poisson rouge en bocal découvert en rentrant le soir, posé sur le support mural autour duquel nous avons tourné comme une autruche devant un I-Pod pendant trois plombes sans en deviner la fonction, enfin révélée...

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- La cour intérieure, en béton brut léché par les plantes grimpantes et éclairée des flammes vacillantes des petites bougies, pas mal non plus, limite magique.

- Le niveau hammam et salles de soins dont la lumière sourd littéralement des murs, aux courbes sinueuses de résine et aux portes de verre qui s’ouvrent sans bruit, un grand moment de relaxation, pour le coup, cette fois, une vraie expérience d’un monde étrange, comme un retour à l’espace fœtal...

Ce qui ressemble à un démontage en règle a surtout été un vrai bon week-end peuplé de moues dubitatives et de grands grands fous rires, qui nous ont tout autant soudés qu’un week-end glamour dans un palace romantique...

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21 septembre 2008

Rompre avec les codes... Episode VI

Allez, finissons-en avec une dernière petite histoire pour la route, celle des tasses de chez HI. Je m’en fous, j’ai des photos à l’appui pour prouver que je n’exagère pas.

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Gros moments de marrade au petit-déjeuner, avec les tasses à thé, qui résument bien l’ergonomie selon Matali. Rondes, oui oui, pas triangulaires ou en forme d’étoile, juste rondes. Un bol est rond lui aussi, mais là il s’agit d’un cylindre, un gobelet large en quelque sorte. Avec trois anses – ou quatre, je ne sais plus – de petites languettes, comme des ailettes, par lesquelles on ne peut absolument pas saisir la tasse, qui se refuse totalement à l’utilisateur, d’autant plus qu’elles sont situées à sa base. (Je vous laisse quelques secondes pour visualiser la position). Il ne reste plus qu’à essayer de trouver une bonne vieille tasse Choky pour boire son thé sans se brûler les doigts… Néanmoins, la rigolade éprouvée par l’utilisateur n’est rien à côté de celle garantie par l’argumentaire ci-dessous, un – très – grand moment d’anthologie, où l’on apprend que manger est un moment de convivialité, une révélation mise en évidence par le – fameux – service à ailettes HI Link…

Réalisé en porcelaine blanche, Hi Link s’affranchit des conventions des arts de la table et invente des nouveaux rites. Ce service est composé de quatre contenants universels : deux bols et deux assiettes. Le bol devient tasse, la tasse à thé bol à soupe. En connectant chaque élément les uns avec les autres, il met en évidence un parcours gustatif. Un service qui bouleverse nos habitudes et qui met en évidence que manger, prendre un café, c’est être ensemble.

Tant de joie...

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18 septembre 2008

Rompre avec les codes... Episode VI

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Et oui, au pied du lit, la baignoire, et derrière la baignoire, les woua woua !!!

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Comme on est dans une chambre Techno Corner - Une chambre dédiée à l’image et au son comme un auditorium privé, pour regarder une image de très grand format depuis son lit ou de la baignoire. L’écran devient un paravent entre la chambre et la salle de bain. Le Sofablaster, canapé avec enceintes et casques intégrés, offre dans ses accoudoirs une discothèque issue du label F Communications - on se dit qu’on va s’installer sur le Sofablaster (trop tentant) se regarder quelques images (que le lecteur ne s’excite pas en persiflant, oui, elle a dit qu’il n’y avait pas de chaises mais y a un sofa, faut pas pousser, on peut poser ses affaires sur un sofa, quand même… Tut Tut. Le Sofablaster, c’est le lit, poussin. Juste le lit). On cherche un DVD, y en a pas. Qu’à cela ne tienne, descendons donc au Lobby demander au type cool en tongs de nous filer un bon vieux film dont doit être bourré le media center du lieu. Nous remontons dépités avec une compil HI – en vente chez Colette (ne riez pas) – et un DVD d’art contemporain, de la bonne vieille vidéo conceptuelle toute pleine de brouillard, de jolies tâches qui bougent, d’ondes monochromes. Sublime pour donner des reflets à l’écran, presque aussi distrayant que les aventures de Rabbi Jacob.

On va finir par croire que j’exagère, mais j’ai pourtant pas terminé.

Ainsi, le confort va au-delà du simple confort physique ou visuel. C’est un confort en acte, donné par la générosité et la simplicité des structures, qui, comme un mode d’emploi, nous invitent à profiter du moment présent. Les espaces reposent sur une ouverture des volumes, une non-spécialisation des structures. Ceci a pour effet de fluidifier le passage d’une activité à l’autre et de partager ses expériences.

Et tout cela est vrai. Tout du moins pour notre expérimentation de la chambre Techno Corner, et de l’ouverture des volumes. Imaginez : un jeune couple, tout frais amoureux, en peignoir blanc et surpiqué de violet, qui s’inspire des peignoirs de boxe et épouse le corps au plus près, allongé sur un sofablaster. Au ras du lit, l’écran. Derrière l’écran, la baignoire, et derrière la baignoire, les chiottes. Et oui, là encore, nous allons pouvoir constater que toute non-spécialisation des structures voit très vite ses limites.

Malgré tout, le jeune couple va pouvoir partager toutes ses expériences, puisque les toilettes sont « fermées » par une porte coulissante pas vraiment étanche, ni phoniquement, ni olfactivement – notez bien qu’à ce stade, je ne fais même plus d’humour, la simple narration se suffit à elle-même. Un confort en acte, donné par la générosité et la simplicité des structures, des portes coulissantes qui sont, cerise sur le gâteau, en plexi transparent un peu teinté de pourpre, ce qui n’empêche nullement l’autre de suivre en direct, installé sur le sofablaster (et où d'autre ?), l’expérience vécue par l’occupant des gogues, qui regarde devant lui d'un air détendu, en se tenant bien droit sur la cuvette, comme s'il attendait tout simplement le bus. Le confort en acte, donc… C'est sympa, on peut se faire coucou entre le lit et le popo. Avec un peu de chance, le membre du couple installé sur le sofablaster aura la charité de se plonger profondément dans A la recherche du temps perdu, ou, mieux, dans une grande encyclopédie. S'il est vraiment très charitable il se roulera en boule dans l'entrée, empilé sur les valises. Il doit y avoir un petit angle mort. Au pire, il ira faire un tour à la piscine pendant que l'autre déposera son popo tranquille. Mais à son retour, aucune chance pour qu'il ignore l'odeur intime de son conjoint, qui n'a pas long à faire pour traverser jusqu'au sofablaster...

Qui oserait à présent prononcer le mot glamour ?

Juste le mot grotesque.

Et ben voilà, j’avais promis, et pourtant je m’énerve.

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15 septembre 2008

Rompre avec les codes... Episode V

CIMG2980Regardez bien dans le coin droit... La valise !

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Matali, je te raconte rapidement un petit épisode de la vie quotidienne tel qu’il se déroule chez les gens normaux, comme tu as émis le désir de nous accompagner dans la découverte d’espaces de vie contemporains, je te propose un moment de vie contemporaine. J’ai benné ma valise par terre, je m’agenouille pour sortir mes fringues que j’étale sur le lit, je sors ma trousse de toilette puis je me déshabille. Pratiquement, voilà comment ça va en fait se passer chez HI : mes fringues, je vais les laisser se froisser dans la valise de l’entrée, parce que l’armoire fait 50cm de large et qu’il y a dedans trois cintres très jolis, en inox poli miroir, et que j’ai pris plus de trois vêtements, sans parler, bien sur, de ceux de mon chéri, qu’il n’a pas besoin de mettre sur un cintre. Ni lui ni moi n’avons pensé à prendre une panoplie infroissable Pleats Please, quels ballots.

Loin des espaces dominés par la décoration où chaque élément n’a qu’une place et un rôle, les espaces et les objets dans HI trouvent leur légitimité dans leur intelligence à nous procurer des services et des attentions qui font que l’on se sent libre d’agir, avec de nouvelles règles du jeu…

Douche. Déballage du shampoing, après-shampoing, savon… Ah. Je le pose où le shampoing au fait ? La gracieuse courbe organique de la baignoire n’est pas plane. Et le savon ? Par terre. Floc Floc. Tout con, hein ? Mais même chez BnB ils ont prévu une encoche pour poser le savon, dans leurs immondes cabines de douche moulées en série…

Les fringues. Je les aurais bien posées sur une traditionnelle chaise, mais y en a pas, alors je les laisse sur le lit.

Je suis toute nue. Ah zut y a un immeuble en face, j’ai pas tiré le traditionnel rideau. Forcément y en a pas. Y en a un côté baignoire, mais pas côté lit… alors, bêtement pudiques, on descend le volet roulant et on allume l’électricité. A Nice, en juin. Je pleure.

HI est une structure qui produit une multitude de stimuli, à vivre comme autant d’expériences.

Bon, on a déjà pas mal commencé à vivre une expérience, c’est le oai complet, on dirait qu’un démineur a fait exploser la valise dans la chambre.

Le concept est ruiné.

Soupirs.

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10 septembre 2008

Rompre avec les codes... Episode IV

Rien à dire sur l’ascenseur…ah si, et je cafte. Le manager, ben il a rajouté des petites étiquettes à la pince Dymo pour donner la localisation des différents endroits en face du bouton d’étage au lieu de laisser les résidents chercher comme tu l’avais prévu (voir plus loin). Je suis sure que ça va pas te plaire, que c’est trop codifié, et que ça empêche les gens de vivre des expériences en appuyant sur les boutons au hasard pour trouver le Lobby ou le Happy bar. En tout cas, tu ne l’avais pas prévu dans le cahier des charges d’origine, c’est sur…Oooh, Matali, tu verrais tout ce qu’ils ont changé, tu serais verte…

Allez, on arrive à notre étage. Nous nous concentrons afin d’être prêts à vivre un micro-événement en relation avec le concept de l’espace.

La chambre devient une structure pour accueillir des micro-événements en relation avec le concept de l’espace.

UN MICRO-EVENEMENT EN RELATION AVEC LE CONCEPT DE L’ESPACE ! ?

Non mais franchement, Matali ? Tu t’es relue ?

Je m’énerve pas un peu, là ?

Donc on rentre dans la chambre. Par la porte.

Ben oui. Les alternatives aux espaces codifiés ont leurs limites.

Bé, c’est très joli. Franchement. Pourpre et blanc. La belle baignoire aux courbes pures. La robinetterie ultra simple. Le lavabo en verre.

On attend le micro-évènement en relation avec le concept de l’espace.

Qui arrive.

Et oui. Aussi étonnant que ça puisse paraître, ça arrive.

Au moment précis où on essaye de poser sa valise.

Comme c’est micro-ingénieux et micro-ludique ! Il n’y a RIEN pour poser sa valise.

Je ne parle pas d’un petit banc, définitivement trop codifié, mais simplement de l’espace…Donc l’idée micro-rigolote c’est de poser sa valise dans la baignoire,  ou bien micro-crado, quand on arrive de la gare à pied avec des valises à roulettes -  rupture radicale avec les codes du luxe - c’est de la poser sur le lit blanc, immaculé, et le pourrir aussitôt.

Nous adoptons finalement une solution micro-pas-pratique, la laisser dans l’entrée - pas possible entre le pied du lit et la baignoire, pas la place - et l’enjamber par un saut de biche chaque fois qu’on sort de la chambre…

C’est un espace empathique fondé sur l’activité et la modularité. Ce n’est pas un lieu introverti qui retient les gens sur place, mais plutôt un espace qui incite à la curiosité aussi bien vis-à-vis de l’intérieur que de l’extérieur…

On commence à tout mieux comprendre, à présent qu’on défait nos valises. On va finir par s’excuser de déranger l’immaculé agencement du lieu, mais on avait pris quelques affaires personnelles qu’on a pris la liberté de sortir dans la chambre.

Et là, deuxième micro-évènement ! Très vite, ça s’enchaîne, hop hop hop.

(à suivre... Le suspens est insoutenable, hin ?)

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09 septembre 2008

Rompre avec les codes... Episode III

En haut du plan incliné, c’est très probablement la réception, qui fait un peu penser aux comptoirs de dépannage que met la SNCF sur les quais pour les grands départs, ou à ceux des démonstratrices Benenuts - Nouveau, goût Bacon ! - en tête de gondole (toujours dans les supermarchés, hein, Matali, rien à voir avec Venise).

Le réceptionniste est derrière un petit pupitre, ainsi libre de ses mouvements, il va et vient et nous accueille avec simplicité.

C’est Monsieur Univers qui nous accueille : tee-shirt moulant noir et torse de Batman, belle gueule aux pommettes saillantes, bronzage orange, on dirait un vendeur de Zara, il est parfait.

Les vêtements du personnel – pantalons, chemises, tee-shirts, combinent également élégance contemporaine et fonctionnalité.

Qu’est-ce que je disais !

En tongs, trop cool, sympa comme tout, il nous offre une petite carte avec une conso gratuite, tout juste s’il ne nous tutoie pas, c’est le premier contact avec la rupture avec les codes traditionnels du luxe. Faudrait que tu leur vendes le concept, à Formule 1 (les hôtels, Matali, pas le Grand Prix de Monaco), de rompre avec les codes traditionnels du bas prix…. Nous, histoire de rompre comme il faut, on monte nos valises nous-mêmes. Le réceptionniste cool, beaucoup plus libre dans ses mouvements que derrière un comptoir classique ( ???) n’en profite néanmoins pas pour nous filer un coup de main…

Nous avons revisité la notion de service. L’accueil et le confort ne se réduisent pas à la seule dimension de service mais à la façon dont chacun peut se sentir autonome, libre d’explorer…

Ben quoi, faut pas pousser, l’ascenseur est à deux mètres de la réception, et Batman est vissé derrière son présentoir comptoir comme Ken dans son blister. Bon, nous on est habitués, on arrive de la gare à pied, mais les gens, ça doit les faire kiffer grave, toutes ces ruptures avec les codes traditionnels du luxe

Hi est une autre approche de l'hôtellerie, fondée sur l'échange, la convivialité, l'ouverture d'esprit, une manière de concevoir le luxe différemment en le rendant accessible.

(Oui, je sais, c’est difficile de lire ça sans se mettre à pleurer de rire. Mais on s’y fait. Enfin, toutefois pas au bout de deux jours. Il vous faudra relire cette chronique à plusieurs reprises avant de vous calmer. Moi, je n’y arrive toujours pas, ça me fait encore rire. Selon les jours j’arrive même à ne pas m’énerver)

(à suivre)

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CIMG3053Le Happy Bar côté ptit dèj'

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07 septembre 2008

Rompre avec les codes... Episode II

Pourtant vous avez sûrement déjà vu ces questionnaires de satisfaction dans un de ces hôtels économiques (Low Cost), puisque HI s’inspire très largement de ce concept… Une véritable idée de génie. Traiter un hôtel de luxe, aux tarifs de luxe - de 235 à 690 € la nuit (Tarifs 2008) - avec une prestation d’hôtel premier prix, c’est juste malin. En rupture avec les codes du luxe, dit la brochure. Pour tous ces gens lassés du standing haut de gamme et clinquant, loufiats au garde à vous, mobilier de luxe, robinetterie plaqué or, moquette carnivore, débordements de fleurs, quel dépaysement que toute cette simplicité, cette décontraction, je dirais même cette coolitude, oui, ça doit être d’un exotisme orgasmique. Du lino, de la peinture, du design et du zen, affolant comme ça peut dépayser certains. Ne faisons pas de mauvais esprit.

Une autre bonne idée, c’est celle de n’avoir pas inscrit le mot Hôtel sur la façade ! Mais vous avez teeeeellement raison… Mais oui. Un lieu tel que HI - HI, comme vous l’écrivez, et non pas Hôtel HI - Un hôtel urbain pour vivre une expérience contemporaine, c’est un concept, plus qu’un hôtel, qui doit apparaître pour ses résidents comme le résultat d’une quête, une expérimentation au bout d’un long parcours initiatique, à laquelle le touriste de passage ne serait en aucun cas capable de se livrer sans préparation préalable…On ne doit pas entrer chez HI - chercher une signification à ces deux lettres serait presque trivial, non ? - par hasard.

On ne risque pas, note. HI présente une façade uniformément blanche, trouée régulièrement par les fenêtres, d’une architecture simple, ou épurée, dont l’entrée ressemble désespérément à celle d’un concept store à la mode, dans le meilleur des cas, mais dans le pire à celle d’un Leader Price (un supermarché de hard discount, Matali),  mais aussi, soyons honnêtes, au  sas d’entrée des urgences de l’hôpital de Châteauroux, par exemple...

L’accès à l’hôtel se fait sur un souffle, une respiration perceptible entre deux parois de béton, qui symbolisent des haut-parleurs. On emprunte un tourniquet « virtuel » qui, par une rotation très lente, permet de ralentir notre rythme.

Mais elle est très jolie ton entrée, Matali ! Une porte coulissante teintée pourpre. Une tout petite boite vitrée pour les tarifs, en tout petit, hein. Mais oui, nous aussi on trouve ça vulgaire les tarifs, bien sur ! Et quand même, dis, Matali, ça t’embêtait de mentionner quelque part que c’était un hôtel ? Pas assez conceptuel ? Mais le manager de l’hôtel, il a du un peu insister j’imagine…

Bon allez hop, on entre. Flsshhhhhh, la porte coulisse. Plan incliné. J’arrête tout de suite les illuminés qui pourraient croire que c’est un aménagement pour les handicapés (les personnes à mobilité réduite) parce que bien sur ça n’a rien à voir, c’est juste pour le style (voir plus haut, le souffle etc)

(à suivre)

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CIMG3052 Le Happy Bar

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06 septembre 2008

Rompre avec les codes traditionnels du luxe à l’hôtel HI. Episode I

Juin 2004. Malcie et HPGM passent deux jours à Nice (note à l’intention des services fiscaux : un cadeau) , à l’Hôtel HI, un hôtel de luxe composé par Matali Crasset, designeuse en vogue.

Extrait de la page d’accueil du http://www.hi-hotel.net/. J’ai laissé volontairement les fautes, dont certaines sont assez rigolotes, comme la « reflexogie » ou le « hamman » ! Pour le reste, ces passages sont certainement ce qu’il y a de plus drôle dans tout mon texte, et croyez que je le regrette bien, puisque ce n’est qu’un strict copié-collé du site à ce blog. Tous les termes en italique vert sont tirés des brochures ou du site.

Hi, situé à nice (cote d'azur) est un boutique hôtel design au luxe comtemporain inventé par matali crasset (ancienne collaboratrice de philippe starck). Fcommunications (laurent garnier) organise le sound design et la programmation des mix dj de musique electronique. Hi propose un restaurant biologique "cantine bio", un espace spa (hamman, massage shiatsu, reflexogie, piscine) et une salle de séminaire.

Concept

Hi est un hôtel urbain à Nice de 38 chambres situé à deux cents mètres de la mer, conçu et réalisé par matali crasset, chef de file des jeunes designers français.

Certains hôtels vous donnent l'impression d'être chez soi, d'autres d'être invité chez quelqu'un.

Hi est une autre approche de l'hôtellerie, fondée sur l'échange, la convivialité, l'ouverture d'esprit, une manière de concevoir le luxe différemment en le rendant accessible.

Hi propose de vivre une expérience ou tout est prévu pour vous accompagner et vous faire découvrir différentes typologies d'espaces contemporains.

Un hôtel innovant et audacieux qui propose des concepts  de chambres  confortables pour voir la vie sous un autre angle.

Hi est pensé comme une maison moderne et vivante. En son coeur, l'happy bar ou se mèlent, musique, image,culture, technologie et affaires

Un hôtel actif ou tout est approbriable et modulable, un espace 'pour faire'.

Hi est aussi un lieu ou l'on respire, ou l'on se sent bien :

une bulle d'oxygène pour tout oublier, faire une remise à zéro.

Chère Matali Crasset…

Je vous écris parce que je viens de passer quelques jours chez vous…enfin, chez vous, je veux dire dans un endroit que vous avez créé, dessiné, inventé, conceptualisé, porté, enfanté…Hi hi hi

On a cherché partout le petit questionnaire que les hôtels Formule 1, la conscience parfaitement tranquille, laissent sur la coiffeuse en stratifié rouge et jaune… Vous savez, avec les petites cases à cocher. Mais y a pas de coiffeuses, ni de bureau, chez HI, et pas de questionnaires non plus…alors je vais vous raconter nos deux jours en détail.

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CIMG3004Le Lobby

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22 août 2008

Le Club - Acte I - Scène II (1ère partie)

Tout le monde est descendu du train, les valises cul par-dessus tête, les manteaux en vrac, les six se retrouvent sur le quai désert, regardant le train s’enfuir d’un air impuissant.

Rémi :              Bon.

                        Une bonne chose de faite.

                        Tout le monde est là, on n’ira pas plus loin, on va rentrer à Lorient

                        tranquillement, on sera à l’hôtel dans une heure à tout casser.

                        C’est pas mal Quimperlé, hmm ?
                        Petite gare, jolie petite gare, ça rappelle les vacances
de quand on était mômes,

                        la Normandie ?

Christophe :      Oui oui.

                        L’ambiance La Baule les pins, les épuisettes, les parasols, les chapeaux

                        de plage.

                        On a voyagé toute la journée et on arrive dans une de ces toutes petites

                        gares de province pleines de charme. Arcachon, Collioure, Sanary sur mer,

                        et sur le quai il y a Mémé, la gare est pleine de monde, Mémé agite le bras,

                        on crie Ouhou, Mémé attrape les épuisettes et nous pince les joues en disant

                        « ça va ? vous avez fait bon voyage ? pas trop fatigués ? vous avez rien

                        oublié dans le train au moins ? »

Rémi :               Ah oui tiens, en parlant de ça. Vous avez tout ? Rien oublié ?

                         Faites un peu l’inventaire, pour voir…

Marion : rouge et toute échevelée, fouille dans un grand sac à carreaux d’où émerge un bouillon de pulls à fleurs, d’écharpes de couleur. Elle gratte et vérifie d’un air satisfait, avant de s’attaquer à un autre grand sac rempli de chaussures, qu’elle renverse sur le quai, se mettant à compter les paires…

                        Huit, neuf, dix, le compte est bon ! Oh, je m’inquiétais pas trop mais on ne sait

                        jamais…

                        La dernière fois que je suis partie en résidence à La Chartreuse je n’avais que

                        24 paires de chaussures mais j’ai trouvé le moyen d’en perdre une à la gare.

                        Une chaussure, hein, pas une paire !

                        Oh la la mais qu’est ce que j’étais malheureuse… D’abord pour cette paire

                        coupée en deux, inutile, une pauvre petite orpheline très très triste,

                        cette chaussure, qui était très jolie, avec des petites marguerites dessus, qui se

                        retrouvait dans un environnement inconnu, une gare, sale, sombre et froide.

                        T’imagine ?

                        Bon et puis c’est toujours la même chose, arrivé là bas, même si je n’avais

                        qu’une chose à faire là bas : boire des coups écrire

                        et encore boire des coups écrire, c’est forcément cette paire là que j’aurais

                        vraiment, sincèrement, frénétiquement, absolument voulu mettre…

Nathalie : l’air rêveur

                        C’est comme une escale dans un monde endormi.

                        Ecoutez comme tout est calme.

                        Immobile. Ecoutez ce rien. Sentez vos souffles dans l’air de la nuit.

                        Il n’y a absolument personne.

                        Et en même temps ça vit, ça frémit, ça vibre, ça bourdonne,

                        ça clignote, ça attend, une gare.

                        Pourtant, là, je sens que nous sommes désespérément, irrémédiablement

                        seuls.

                        Aucun espoir que quelqu’un apparaisse. Et ça ne m’inquiète pas.

                        Nous sommes là, seuls dans cette nuit, voyageurs échoués,

                        comme des Robinsons au bord du quai, on compose un tableau, un groupe.

                        Au bord de ce quai on est comme au bord d’une scène, vous ne voyez pas ?

Rémi : Il fait le tour de Nathalie, soucieux, les sourcils froncés, l’examinant comme une mère son enfant avant de partir à l’école. Il farfouille dans les poches de Nathalie, soulève le rabat de son sac, vérifie qu’elle a ses clopes et son briquet, les regarde, lui en pique une au passage, l’air de dire « oh oui, tiens pourquoi pas », compte ses sacs et ses valises…

                        Manteau, écharpe, chaussures, sac à main, tout est là, l’ensemble est complet

                        sur elle…

                        Un sac de voyage, okay. Bon sang, Nathalie, ce truc en cuir de chameau

                        qui pue, tu l’as depuis 1975, non ?

                        Ecoute pas Marion, t’étais pas née, on le sait.

Christophe :      Moi, il y a des fois où ça me fait drôle quand même, de savoir qu’au moment où

                        je fumais mes premiers joints place de la Liberté elle pissait dans une

                        couche culotte dans un berceau de la maternité d’Aurillac…

(à suivre)

18 août 2008

Chers lecteurs,

Le mouchard de Canalblog me le dit chaque jour.
Je suis lue.
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Malcie

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09 août 2008

Bande Annonce

Bientôt en ligne !

LES AVENTURES DE MALCIE
ET HPGM* CHEZ HI
Quand Malcie s'énerve après Matali Crasset

Rendez-vous à la rentrée...

* L'HOMME LE PLUS GENTIL DU MONDE

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23 juillet 2008

Circus

C’est l’histoire d’une fille qui va au cirque. Qui ouvre grand les yeux et se régale des décors peints, des guirlandes de loupiotes, du velours rouge et des franges. Planquée au milieu du public,  elle a plié son blouson pour se faire un petit coussin confortable pour son cul-cul, allongé les jambes et elle soupire un p’tit peu en regardant partout autour d’elle.

Quand le spectacle commence elle fait comme les autres, enfin, elle rit moins fort, elle pouffe juste un peu. Y a bien des fois où elle rigole très fort, mais là non. C’est pas que ce soit pas bien mais quand ça fait trop de bruit devant, elle entre pas en concurrence. Peut être finalement que ce qu’elle aime c’est entendre son rire fuser seul au milieu du silence.

Sur scène, c’est l’histoire d’un restaurant, une pizzéria un peu foutraque. Et quand le serveur passe dans les rangs pour choisir les convives qui monteront sur scène, elle ne se méfie pas, enfin si, un peu quand même, elle évite de croiser le regard du type qui cherche « una ragazza ». Les yeux noirs, ça risquerait le tenter.

Quand il lui tend la main pour l’inviter à le rejoindre elle y va, confiante, quelques minutes au bord de la scène c’est pas bien méchant. Le type presqu’à côté monte aussi, et puis une autre fille, choisie par le marmiton. Y a deux comédiens, un marmiton maladroit, en habit de marmiton et toque blanche un peu écrabouillée, et un serveur plutôt sexy, queue de cheval, anneau à l’oreille, barbe 3 jours, petit gilet et chaussures pointues. Ils se disputent, chacun veut sa cliente. La candidate du marmiton semble l’emporter, celle du serveur – la fille qui va au cirque, l’héroïne de l’histoire – commence à souffler et entame un retour en direction de sa place, l’air de rien. Elle se rassoie tranquillement. Ah zut, le frérot aux godasses de mafieux vient la récupérer, c’est lui qui a gagné finalement. Retour à la case départ.

Bienvenue chez les fous. Le mafioso installe le couple à table, au centre de la scène. Nappe à carreaux et petite bougie le spectacle commence, ça parait finalement très mal barré pour que ça ne dure que cinq minutes. La fille se dandine sur sa chaise, elle tire sur son pull, putain de taille basse. Elle vérifie discrétos les cheveux, le collier, elle croise les jambes, puis les bras. Elle sait pas trop comment se mettre Elle se demande si elle transpire pas au moins, le type en face d’elle ruisselle littéralement, sous les projecteurs. On voit bien qu’elle essaye de tourner le dos au maximum au public qui n’a que ça à faire de mater comment les deux crétins montés sur scène vont se débrouiller. Elle se sent pas trop bien, avec l’impression d’avoir un sourire botox vissé sur les lèvres, la sensation d’être très rouge et le regard un peu traqué.

Derrière, les deux lascars virevoltent, grimacent, lui font des misères tout en jonglant avec la pate à pizza, les assiettes, les nappes. Elle ne se souvient plus très bien de ce qu’ils font, ça tourne un peu, elle est concentrée sur ce regard unique, cet œil du cyclope du public qu’elle sent peser dans son dos, les rires, les applaudissements, les sifflets.

Enfin c’est l’épilogue. Le serveur pose une bouteille de vin devant le type qui a joué avec elle, et elle se dit que c’est sympa, ça lui aurait bien plu la bouteille avec la tronche des deux frérots dessus, en souvenir. Puis c’est au tour de la fille recalée, dans le public, de se voir offrir une rose rouge. Tiens ben elle s’en fout, elle aime pas les roses toutes seules, toutes raides, comme ça, mais elle a petit pincement. Jouer les mal aimées, les détestées, pendant une heure, comme ça, y a des vieux trucs pas nets qui remontent, bon, c’est qu’un jeu mais quand même.

Et là… Le pizzaiolo fou déboule avec un bouquet énorme, énorme, vraiment, un bouquet comme elle en a jamais eu. Un bouquet comme ceux qu’on offre aux artistes sur scène, et elle, elle se dit que parti comme c’est, il va le lui passer sous le nez et l’offrir à quelqu’un d’autre. Vraiment elle pense ça.

Et non, il le lui tend, elle hésite, elle le prend. C’est lourd, c’est émouvant finalement comme geste. Et il la prend dans ses bras, le méchant jeu est fini, on le voit dans ses yeux, même s’il fait ça tous les soirs avec un spectateur différent, chaque moment est unique. Elle est vachement émue, c’est tout con, se retrouver face à des gens qui applaudissent, un bouquet à la main, c’est émouvant. Plus tard, à la sortie, tout le monde lui sourira, la reconnaitra, lui dira bravo, c’était bien mérité, il vous en a fait, j’aurais pas aimé être à votre place. Elle est toute retournée.
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22 juillet 2008

Côtes

La route côtière dévore la falaise en longues courbes sinueuses, comme un lacet d’asphalte serré au cou, broutant l’herbe rasée par le vent qui souffle en permanence entre Saint-Jean de Luz et Hendaye, la mer en contrebas qu’on entend même pas rugir, tellement la falaise est haute. Plus rien d’autre n’existe à cet endroit que le ciel, le vent, le noir de la route, et la mer qui s’étale en plaques métalliques bleutées, au loin, très loin. La portion de route côtière est si courte que peu de gens s’y arrêtent, surpris d’être déjà en vue de la baie d’Hendaye, sa plage grisâtre et ses immeubles sans âme…Il faut être prêt à vibrer très vite, le temps de quelques kilomètres où on se retrouve suspendu comme une mouette, en apesanteur, à cette extrême limite entre ce que l’on a quitté et ce qu’on va trouver, on ne voit encore rien devant et plus rien derrière, rien des montagnes basques à l’est…seule la mer à l’ouest, qui se confond avec le ciel, et toi, tout seul dans ta bagnole, sur cette croupe grise qui ressemble à l’Irlande. Tu as quelques minutes pour être le roi du monde, tu écarquilles les yeux, tu ouvres ta cage thoracique en grand,  les images s’y engouffrent à fond la caisse, le vent ronfle à travers tes côtes, ton diaphragme hurle, ton dos est plaqué contre le siège, tes bras sont tendus sur le volant, la nuque est raide, tes doigts fourmillent, tu bloques tout et tu le gardes, Hendaye est là, le rêve explose en éclats.

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21 juillet 2008

Prendre le train

Bon bon bon, prenez donc le train, c'est beaucoup plus agréable, on peut y lire, y faire pipi aisément, y tendre son ticket d'un air complice au contrôleur qui est peut être en train de poinçonner son millionième ticket (et, SI ça SE TROUVE, je suis TRES loin du compte....) regarder passer les vaches, dormir, se blottir contre l'épaule de son chéri avec bonheur...soupirer un peu, gigoter, manger un bonbon, feuilleter distraitement ELLE, lorgner sur le VOICI de la voisine, froisser en boule LE MONDE pour le mettre dans la poubelle parce que décidément c'est trop chiant...se retourner d'un air excédé vers la mère de l'enfant qui hurle depuis le départ, soupirer, examiner du coin de l'oeil la tenue de la fille trois rangs plus loin, mater les amoureux du bout, puis s'étirer, bailler, mordiller l'oreille de son chéri qui grogne en essayant de lire LE MONDE qu'il a récupéré dans la poubelle après l'avoir débarrassé des filaments de banane qui s'y étaient collés....et enfin se lever à l'annonce de la gare, se rhabiller comme s'il faisait moins douze dehors, puis descendre du train le cou en avant, pour repérer les gens qui viennent vous chercher, et savourer ce délicat petit moment de bonheur des retrouvailles sur un quai de gare
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16 juillet 2008

LOST IN THALASSO | EPISODE VI

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Je comprends déjà mieux l'air hagard des curistes entrevus...Il est 9h50. Le prochain soin est à 10h30. Ah oui. Bon. Une petite tisane goût plantes ? Allez ! Je me joins à un groupe dans lequel se trouve la blonde, qui n'est pas dépressive du tout, mais simplement très détendue. Tout le monde boit sa tisane d'un air extrêmement détendu (je pense qu'ils ont du choisir le goût relaxation)...c'est très étrange, ces gens (l'un d'entre eux, un rouquin au cheveu rare, très laid, ressemble terriblement à notre nouveau directeur commercial, c’est un cauchemar) en peignoir mal fermé qui papotent d'un air très détendu en buvant de la tisane, de choses très simples, genre les ballades à faire en Bretagne (la blonde avait choisi d'aller passer l'après-midi à la pointe du Raz - ils sont trop détendus, à mon avis, pour faire des trucs pareils, en janvier, sous la pluie battante, avec un vent à 120 Kms/h) sur un ton très plat et mou... Je commence à regarder mon gobelet de tisane d'un air méfiant, j'ai moi même sorti quelques platitudes avec un petit rire très plat et mou quelques secondes plus tôt...

Bon. Il est dix heures : la tisane, c'est fait; le pipi, c'est fait. La prochaine étape étant un cours d'aquagym, je me dis que je vais me faire une petite demi-heure de piscine en attendant, puisque mon maillot est mouillé, maintenant… Excellente idée ! La pose du bonnet de bain me prend une bonne dizaine de minutes, malgré les conseils de ma copine Gaby, l'objet se tord dans tous les sens, m’échappe en me glissant des mains avec de petits « plop » et l'installation de manière à peu près correcte est très très délicate : trop serré près du visage, il déforme les traits en plissant les yeux, façon morphing, et trop lâche je ressemble à un schtroumf...sous la lumière des néons l'effet est terrifiant...Je claque la porte des toilettes derrière moi pour échapper à cette vision trop déprimante… pourvu que personne ne me regarde… Passons rapidement sur la piscine avec ses petits remous, et le cours d'aquagym, tonique et efficace. J'enchaîne in petto sur un hammam, fort en vapeur et huiles essentielles goût plantes... Je tiens un quart d'heure, et il me reste encore un peu de temps avant le soin suivant...Tisane, pipi, je monte à l'étage pour un massage. Là, c'est une détente terrifiante : à peine installée, je ne suis plus qu'une couche de raclette fondue, répandue sur la table...cette fois, vingt minutes, c'est beaucoup trop court…de plus le masseur a le bon goût de faire son boulot en silence, les flûtes de pan me sont épargnées…

Fin des soins avec une douche à jets au fond d'une cabine de trois mètres...picottis, picotements, massage, ça pétille et ça pique, ça masse, c'est fort, ça réveille, c'est super bon. Il ne reste plus qu'à réfléchir à ce que je vais raconter à mes amis lorsqu’ils vont me demander comment ça c’est passé…c’est là qu’on va voir s’ils ont vraiment le sens de l’humour...

FIN



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