Vous avez rendez-vous à l’Hôtel de Ville pour faire un reportage sur le Conseil Municipal des enfants. A l’heure dite, vous êtes devant l’entrée, une légère d’impression d’être une espèce de tulipe trop vite poussée dans un parterre de pétunias, la paille la plus longue de la courte paille au milieu de toute une tripotée de gamins, que vous voyez d’en haut, comme une photo d’Arthus-Bertrand. Vous n’avez pas l’habitude des gamins, ça se voit tout de suite. Vous vous demandez toujours s’il faut se pencher pour leur parler ou si ça va, d’en bas, ils vous entendent quand même.

Dehors, il fait encore un petit peu froid mais rien à voir avec les températures de ces derniers jours. Prudente, vous avez néanmoins consciencieusement accompli le rituel de l’empilement. Un collant par-dessus un collant (vous aviez commencé à appeler ça un legging, mais à présent, consciente du ridicule, vous ne savez plus très bien comment dire, le mot caleçon étant désormais réservé aux sous-vêtements masculins, alors vous dites collant sans pied), un peu retourné sur les hanches parce que ça vous serre le ventre, mais des fois aussi du coup ça fait froid au ventre alors vous le redéroulez mais c’est toujours un peu compliqué pour distinguer au toucher sur quelle strate vous vous trouvez. Quand vous allez faire pipi ça peut prendre un certain temps, surtout si vous avez gardé votre manteau, il arrive que la ceinture se glisse entre deux vêtements sans que vous en rendiez compte et là bien sur vous êtes obligée de tout reprendre un par un, avec votre sac qui s’est cassé la gueule de la poignée où vous l’aviez précautionneusement accroché en équilibre, parce qu’il n’y avait pas de patère. Parfois même la grande écharpe que vous avez achetée bien longue comme ils disaient dans Elle manque de peu plonger dans la cuvette, ou éponger le sol à vos pieds, mais le pire n’est jamais arrivé, parce que vous faites trois fois le tour du cou avant d’attaquer la séance. Ces derniers temps, la mission s’enrichissait de l’embarrassant problème des gants et du bonnet. Vous avez enfouis les gants dans les poches du manteau et ils dépassent légèrement comme de petites oreilles, en équilibre instable, parce que les poches sont un peu petites pour les grosses moufles que vous a offertes votre copine Marie l’année dernière, et que vous n’aviez encore jamais mises. Le bonnet, lui, est enfoncé jusque sur vos yeux parce que sinon, ça fait une grosse poche sur le dessus de la tête, comme les bonnets des Schtroumfs. Vous devez donc tourner la tête entièrement pour voir sur les côtés, en haut et en bas. Pour toutes les raisons évoquées ci-dessus vous avez un peu chaud.

Il vous est arrivé de rajouter une paire de chaussettes en soie, mais pas là. Vous regrettez presque, l’humidité, en Bretagne, est limite plus pénétrante que le froid alsacien (vous étiez en vacances en Alsace, mais bon, on s’en fout un peu, non ?). Pour le haut du corps, la partie sacrée qui ne doit surtout jamais avoir froid, vous avez commencé par un sous-vêtement en fibres creuses, spécialement développé par la Nasa, traité antibactérien, anti odeurs, anti froid, anti vent, anti humidité, qui laisse passer la transpiration (pour aller où ?) et bloque le froid. Après, vous rajoutez toujours une couche intermédiaire, vous vous méfiez de passer tout de suite au gros pull ou à la polaire, qui n’arrive, elle qu’en troisième place. Grace à cette gestion rigoureuse des épaisseurs, vous n’avez pas triplé de volume. En revanche, ce que vous n’aviez pas prévu, c’est qu’à la fin de la visite de la Mairie à la suite des enfants (le truc dont vous aviez commencé à parler il y a une heure et demie, bon sang, il suit, le lecteur, ou pas ?), votre téléphone sonnerait.

Vous épargnez au lecteur le pourquoi du comment, mais vous voilà à présent au premier étage, dans le bureau de votre copine Katell, qui vous fait de grands signes derrière la porte. Katell est hilare, elle vous dit « Hey t’as vu ? T’es dans grand paradi ! »

Dans les bureaux il fait au moins 40° en pleine après-midi. Vous aviez déjà retiré votre manteau en voyant avec inquiétude l’animatrice avec laquelle vous aviez rendez-vous en petite blouse de coton. Il vous faudrait à présent retirer au moins deux des trois couches de vêtements, mais l’opération pourrait vite tourner au cauchemar. Vous allez prendre sur vous et faire confiance à la fibre creuse, toujours sans jamais chercher à savoir où va aller la transpiration évacuée.

grand paradi ! Avec un g minuscule et sans s. Ah, grand paradi

grand paradi, c’est un blog. Vous l’avez découvert en surfant de ci de là, depuis le blog de votre copine Christelle, et vous êtes tombée sur le flanc, raide séchée, comment cette fille elle écrivait avec une grâce glacée, une drôlerie sans lourdeur, une poésie sans mièvrerie, une ironie sans aigreur. Vous lui avez sauté aussitôt sur le poil pour la couvrir de compliments (enfin il vous semble) et vous l’avez aussitôt installée sur un petit fauteuil, là, à droite, dans la colonne des liens, avec une couronne sur la tête. Katell, votre lectrice top number one super fan, parmi vos douze fidèles lecteurs, a aussitôt compris quelle pépite était grand paradi, et elle le lit avec gourmandise et régularité depuis qu’elle l’a découvert.

Et là, elle était super contente parce que grand paradi vous avait citée dans un de ses posts.

Vous vous demandez si Katell a bien compris que grand paradi vous citait parce qu’elle n’était pas parvenue à trouver comment insérer un lien dans son blog.
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