La semaine dernière j’ai acheté un pull terrible chez H&M, avec des rayures sucre d’orge genre Paul Smith mais au prix H&M. C'est-à-dire 29 € au lieu de 480. A peu près.

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Je l’avais dans mon sac quand je suis passée voir Florence et elle a rugi « ahhhh, tu l’as acheté ! Je l’avais repéré et puis je l’ai pas pris, ça faisait trop collégienne… »

Ce mardi de la loose, j’ai du farfouiller dans les placards pour trouver un truc à mettre par-dessus le pull à rayures, et va savoir pourquoi, je suis allée ressortir ce putain de duffle-coat vieux de quinze ans.

Va savoir pourquoi, va savoir pourquoi…

Maintenant, après analyse, je sais. Bien sur, perspicace, tu as deviné que c’était la petite phrase de Florence qui avait tout déclenché. Le style Collège. Mon Dieu.

Qu’est-ce qui m’a pris ?

C’est un vrai Duffle-coat en drap épais, avec la capuche bien raide que tu marches dans la lumière ton ombre elle a la forme d’un requin-marteau.

Et il est rouge.

Voilà, Sophie Marceau dans L’Etudiante.

Bien sur, tu n’as jamais vu ce film, où Sophie Marceau se mord la lèvre inférieure pour exprimer ses profondes questions existentielles, à savoir vivre sa passion avec Vincent Lindon ( ? ) où terminer sa thèse ( re ? ).

Moi si, je l’ai vu, ce pitch prodigieux en est la preuve, pas vrai ?

Parce que dans ce film, Sophie Marceau joue une étudiante en lettres à la Sorbonne. Comme ma copine Marie.

Marie, dont c’est le film culte, parce que ça lui rappelle trop ses années de fac. Et comme je suis vraiment une copine empathique, j’ai vu ce film.

Donc on en est là, ce mardi 27 janvier, une grosse journée farcie de rendez-vous, où pour l’instant, je ne regrette pas spécialement d’avoir ressorti ce nom de dieu de duffle-coat du placard. Même pas le moindre « Tiens, voilà le petit chaperon rouge », rien, je me fonds dans le décor.

Arrive le soir tatati tatata. Concert de Miossec et Tiersen. Je dois prendre des photos et comme je suis une grosse maline, je me suis méfiée, et j’ai appelée Catherine, la manageuse de Miossec, pour lui demander une autorisation avant le concert, au moment des balances.

Sauf que Miossec, les balances, il les fait pas. Ah ben oué.

Bon, là, pourtant, ça aurait été pas mal qu’il les fasse, mais c’est une autre histoire, on est pas dans les Inrocks, alors, reposons-nous.

Gentille comme tout, Catherine me propose de rejoindre les garçons dans leur loge après le concert. Super merci Catherine, je resterai que cinq minutes, je vais déranger, je sais ce que c’est, après le concert, c’est pas le meilleur moment patali machin. « Ah bah faut pas s’imaginer des trucs avec les groupies tout ça. C’est très sage », elle me dit Catherine.

Et alors très bien, allons-y.

Comme j’ai pas super envie d’aller prendre ces photos dans les loges, je vais quand même essayer d’en taper une ou deux sur scène. Durant les trois premières chansons du concert, pendant lesquelles les photos sont autorisées, je mitraille furieusement les deux lascars, à deux mètres en arrière du proscenium, dans une lumière proche de celle d’une chambre à coucher à deux heures du matin quand tu rallumes pour aller faire pipi.

C’est formidable toutes les photos sont floues.

J’ai donc maintenant vraiment vraiment besoin de ces photos backstage.

Je te vois d’ici « Ah, super super, c’est trop cool d’aller voir des big stars en loge, trop cool qu’est ce que je donnerais pas moi pour aller féliciter machin machin, quelle tuerie ».

Ah ouais, super. Une vraie tuerie.

Le concert vient de s’achever, on est dehors avec Marie à fumer notre clope, et je commence à me décomposer.

Déjà, et oui, voilà, on y est arrivé, tu comprends mieux le préambule maintenant, je me rends compte que mon fashion choix a tout faux. Nom de Dieu ! Un DUFFLE COAT pour aller dans les loges ! Le truc le moins rock ‘n roll de la terre…C’est génial. Je suis parfaite. Je ne vais pas du tout détonner, ils vont a-do-rer. A part le col Claudine ou le kilt écossais, franchement, je vois pas ce que j’aurais pu faire de pire.

J’y avais juste pas pensé. Et oué, pourtant tout le monde y pense à ces trucs là. Je connais des tas de filles qui sont toute l’année en parka, quand elles vont à un concert, elles mettent le blouson en cuir de leur petit frère.

Bon, Catherine, elle m’avait dit de laisser passer un quart d’heure après la fin du concert, ça y est. Je la ramène pas trop. Je sais bien comment ça va être. Pas du tout du tout le moment, gavé de gens qui n’auront pas oublié de mettre un blouson en cuir, et des bières partout.

En réalité ce sera pire.

Bon, je hèle ma copine Anne pour l’accès aux loges. Elle me dit « Je t’ouvre et tu te débrouilles ? ». Ah ben tiens oui, bien sur, c’est une sacrée bonne idée ça, elle m’ouvre et je toque aux portes de loges bourrées de mecs en slip pour leur demander où c’est qu’ils sont Miossec et Tiersen. J’insiste donc pour qu’elle m’accompagne au moins jusqu’à leur loge. Et le truc qui me rassure pas, c’est qu’elle fait carrément pas la maline.

Arrivées dans le couloir, elle s’enquiert diligemment de savoir si c’est bien là qu’ils sont, elle ouvre la porte de la cage loge et elle jette « Je vous présente bla bla bla qui vient pour bla bla bla. Voilà. Je vous laisse » et elle se casse.

Putain Putain Putain.

Bon, là, je sens bien que tu attends une bonne grosse description à la Balzac, alors finissons-en. Plantons le décor. Une grande loge toute blanche, tous néons allumés, ambiance verdâtre. La porte-fenêtre grande ouverte sur un balcon. Partout des Heineken. Une bouteille de rouge presque vide. Des paquets de clopes éparpillés. Des vrais paquets de mecs, des Lucky souples tous froissés, un peu écrasés. Là, on peut le dire, c’est rock ‘n roll.

Les personnages sont : une ou deux filles, assises les pieds ballants, le regard un peu fatigué, et une douzaine de mecs, zicos, mecs de la technique, régie, machin. Autant te dire que si y a des gars qui sont rock ‘n roll dans un rayon de dix kilomètres, c’est eux.

Et puis y a moi, dans mon duffle-coat rouge.

Tu visualises pas mal, là, je pense.

ET ben on va y aller alors. Miossec et Tiersen ils sont sur le balcon, en train de fumer des clopes, une bière sur la hanche. Ils me regardent avec beaucoup de sympathie.

Non, je déconne.

Comment dire ? Je sais même pas si ils me voient. Je traverse la loge sous le regard amical (Capito ? voir plus haut) de la demi-douzaine de mecs très rock avec une bière sur la hanche, et je m’avance vers eux.

Je me sens à peu près aussi déplacée qu’une dame patronnesse dans une concentr’ de bikers.

J’explique ce que je viens faire et ça les intéresse vachement, une gonzesse qui vient prendre des photos d’eux juste là, à un moment où ils ont à peu près tout ce dont ils pourraient rêver, à savoir une binouze et une Lucky. Ils ne sont pas hostiles. Quoi que. En tout cas pas une parole désagréable ne sortira de leur bouche. Ils me regardent à peu près comme, je sais pas, avec indifférence, un peu de dédain, d’ennui. Je peux même pas me plaindre, je suis à peu près sure que si je venais de me taper une heure de air guitar, je serais certainement aussi photographe-friendly qu’eux.

Ils attendent juste en debriefant que le régisseur les colle dans la voiture pour aller manger une entrecôte-frites.

Mais ils sont okay pour la photo, là, tout de suite sur le balcon avec la Heineken et les clopes, ça va être super avec le gros coup de flash dans la gueule. Intérieurement je pleure à gros sanglots.

Alors que je venais de lui dire trois mots sur le concert avec un sourire très naturel, tout d’un coup Miossec il est plus là. Il est allé pisser.

Bon. J’attends dans le coin du balcon tandis que Tiersen parle à voix basse avec je sais plus qui. Oui, j’entends ce qu’il dit, bien sur. Mais je le répèterai pas.

J’ai l’air toujours très très naturelle, avec mon duffle-coat rouge, mon sac à la main gauche et mon Pentax à la droite. Je songe cinq secondes à allumer une clope pour finaliser mon air naturel, et puis non. Tu vois pas que l’autre se radine et que ça me fasse louper la photo ?

Comme je ne peux pas dévisager tous ces types rock ‘n roll ni écouter ostensiblement Tiersen, je continue donc sur ma lancée à regarder rien d’un air dégagé et passer d’un pied sur l’autre, plantée comme une souche.

Miossec revient. Chouette, je kiffe mon destin.

Un des mecs rock sort alors du groupe et dit « Bon, vous faites la photo et on y va ? ». J’aime ce grand type en cuir très rock avec une bière sur la hanche, oh oui, je l’aime cet inconnu. Je bafouille d’une voix étranglée un truc du style «Oh, mon bon Samaritain ! ». Juste grotesque.

Et là c’est Tiersen qui se tire.

Bien sur, il va revenir. Puis disparaître, puis réapparaître tandis que j’ai toujours l’air de la fille la plus cool de la terre avec mon manteau rouge et mon sourire très naturel en plein milieu de la loge et des bières et des paquets de Lucky froissés.

Ils vont finir par me la faire, cette photo. Et en plus elle sera même pas floue. Bon, C’est sur, Tiersen, c’est pas celle là qu’il choisira pour mettre sur son profil Meetic.