Malcie on ze Blog

Quand les tapas arrachent, que les olives piquent un chouille, que les pikkles sont -aillaillaille- très acides, et que les petits fours ont des dents, c'est le grand mezzé de Malcie on Ze Blog.

22 juillet 2008

Côtes

La route côtière dévore la falaise en longues courbes sinueuses, comme un lacet d’asphalte serré au cou, broutant l’herbe rasée par le vent qui souffle en permanence entre Saint-Jean de Luz et Hendaye, la mer en contrebas qu’on entend même pas rugir, tellement la falaise est haute. Plus rien d’autre n’existe à cet endroit que le ciel, le vent, le noir de la route, et la mer qui s’étale en plaques métalliques bleutées, au loin, très loin. La portion de route côtière est si courte que peu de gens s’y arrêtent, surpris d’être déjà en vue de la baie d’Hendaye, sa plage grisâtre et ses immeubles sans âme…Il faut être prêt à vibrer très vite, le temps de quelques kilomètres où on se retrouve suspendu comme une mouette, en apesanteur, à cette extrême limite entre ce que l’on a quitté et ce qu’on va trouver, on ne voit encore rien devant et plus rien derrière, rien des montagnes basques à l’est…seule la mer à l’ouest, qui se confond avec le ciel, et toi, tout seul dans ta bagnole, sur cette croupe grise qui ressemble à l’Irlande. Tu as quelques minutes pour être le roi du monde, tu écarquilles les yeux, tu ouvres ta cage thoracique en grand,  les images s’y engouffrent à fond la caisse, le vent ronfle à travers tes côtes, ton diaphragme hurle, ton dos est plaqué contre le siège, tes bras sont tendus sur le volant, la nuque est raide, tes doigts fourmillent, tu bloques tout et tu le gardes, Hendaye est là, le rêve explose en éclats.

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10 juillet 2008

* La Guignette

La Guignette est un endroit à part…ça ne ressemble à rien de connu. C’est une cave à vin qui sert à boire…Il faut pour y aller traverser le canal, passer de l’autre côté, dans le quartier Saint-Nicolas, l’ancien quartier des marins, fournitures pour la marine, accastillage et cordages, hôtels, pensions de familles, troquets. Aujourd’hui, hormis la rue Saint-Nicolas, le quartier est calme, très calme, et abrite des trentenaires gentiment bohèmes, des artistes et quelques voileux…

La Guignette, c’est rue Saint-Nicolas, une façade de bois d’un rouge sombre un peu écaillé, un tonneau sur le trottoir pour signaler l’endroit et maintenant il faut plonger…des lumières glauques, néons usés, éclairent mal les recoins, les murs vert pistache, jaunis de nicotine, recouverts d’étagères portant les verres et les bouteilles de vin. Ici on ne boit que du vin, la « guignette » vin blanc aromatisé aux fruits, on ne sait pas lesquels, on dit juste du jaune, du vert ou du rose…le vert est affreux, le rose supportable, le jaune correct…de toute façon on s’en fout parce qu’on est là pour boire et pour tchatcher.

A l’entrée, il y a un petit réduit vitré rempli de paperasses, ça doit être la comptabilité, vieux calendriers, registres fanés, un fauteuil garni d’un coussin délavé. Plus loin à droite, le comptoir, immense, et partout des tonneaux entourés de tabourets, on s’en fout, on n'est pas là pour s’asseoir… Pas de musique, parce qu’on ne s’y entendrait plus causer, puisque, quand même, Y a tellement de monde qu’on ne voit jamais personne qu’on connaît, mais on s’en fout, parce quand on va à

la Guignette on y va pour se parler…Tout est vieillot, jauni, enfumé, bruyant, sale…on finit toujours par renverser un verre ou deux sur son voisin, on est entassés les uns sur les autres… Quand on rentre à la Guignette, on se demande toujours un peu ce qu’on vient foutre là dedans, mais on sait qu’on va en ressortir puant la vinasse et la clope.

la Guignette, on est forcément nombreux, et on vient pour rester ensemble. C’est un bar où on peut pas envisager d’aller à deux…Chaque groupe est dans sa bulle, dans son histoire perso, chacun se côtoie sans agressivité, mais sans échange. Le but c’est de venir avec ses potes s’éclater pour pas cher, le pichet à 20 balles, l’ambiance monte vite, parce que

la Guignette, ça s’boit tout seul, ça n’à l’air de rien, mais tu ressors jamais très net…au fur et à mesure que les verres s’additionnent, le niveau sonore se met au diapason, les sourires s’étirent, les mains s’envolent, les corps appuyés contre les murs se désarticulent, les vêtements se mettent à coller et les têtes à se rapprocher …

La Guignette, ça ferme tôt, c’est toujours un petit déchirement, il va falloir trouver un autre rade, faut s’arracher du cocon crasseux. Les gens qui passent devant se demandent toujours ce qui peut attirer autant de monde. A la fermeture, de petits groupes trainent toujours un peu, hésitant à partir à gauche ou à droite, continuer à picoler ailleurs, aller s’endormir au resto ou tenter un kébab… Il y a toujours quelqu’un qui se fait rattraper par les autres du bout de la rue et fait demi-tour pour continuer la soirée, finalement…

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