Malcie on ze Blog

Quand les tapas arrachent, que les olives piquent un chouille, que les pikkles sont -aillaillaille- très acides, et que les petits fours ont des dents, c'est le grand mezzé de Malcie on Ze Blog.

22 août 2008

Le Club - Acte I - Scène II (1ère partie)

Tout le monde est descendu du train, les valises cul par-dessus tête, les manteaux en vrac, les six se retrouvent sur le quai désert, regardant le train s’enfuir d’un air impuissant.

Rémi :              Bon.

                        Une bonne chose de faite.

                        Tout le monde est là, on n’ira pas plus loin, on va rentrer à Lorient

                        tranquillement, on sera à l’hôtel dans une heure à tout casser.

                        C’est pas mal Quimperlé, hmm ?
                        Petite gare, jolie petite gare, ça rappelle les vacances
de quand on était mômes,

                        la Normandie ?

Christophe :      Oui oui.

                        L’ambiance La Baule les pins, les épuisettes, les parasols, les chapeaux

                        de plage.

                        On a voyagé toute la journée et on arrive dans une de ces toutes petites

                        gares de province pleines de charme. Arcachon, Collioure, Sanary sur mer,

                        et sur le quai il y a Mémé, la gare est pleine de monde, Mémé agite le bras,

                        on crie Ouhou, Mémé attrape les épuisettes et nous pince les joues en disant

                        « ça va ? vous avez fait bon voyage ? pas trop fatigués ? vous avez rien

                        oublié dans le train au moins ? »

Rémi :               Ah oui tiens, en parlant de ça. Vous avez tout ? Rien oublié ?

                         Faites un peu l’inventaire, pour voir…

Marion : rouge et toute échevelée, fouille dans un grand sac à carreaux d’où émerge un bouillon de pulls à fleurs, d’écharpes de couleur. Elle gratte et vérifie d’un air satisfait, avant de s’attaquer à un autre grand sac rempli de chaussures, qu’elle renverse sur le quai, se mettant à compter les paires…

                        Huit, neuf, dix, le compte est bon ! Oh, je m’inquiétais pas trop mais on ne sait

                        jamais…

                        La dernière fois que je suis partie en résidence à La Chartreuse je n’avais que

                        24 paires de chaussures mais j’ai trouvé le moyen d’en perdre une à la gare.

                        Une chaussure, hein, pas une paire !

                        Oh la la mais qu’est ce que j’étais malheureuse… D’abord pour cette paire

                        coupée en deux, inutile, une pauvre petite orpheline très très triste,

                        cette chaussure, qui était très jolie, avec des petites marguerites dessus, qui se

                        retrouvait dans un environnement inconnu, une gare, sale, sombre et froide.

                        T’imagine ?

                        Bon et puis c’est toujours la même chose, arrivé là bas, même si je n’avais

                        qu’une chose à faire là bas : boire des coups écrire

                        et encore boire des coups écrire, c’est forcément cette paire là que j’aurais

                        vraiment, sincèrement, frénétiquement, absolument voulu mettre…

Nathalie : l’air rêveur

                        C’est comme une escale dans un monde endormi.

                        Ecoutez comme tout est calme.

                        Immobile. Ecoutez ce rien. Sentez vos souffles dans l’air de la nuit.

                        Il n’y a absolument personne.

                        Et en même temps ça vit, ça frémit, ça vibre, ça bourdonne,

                        ça clignote, ça attend, une gare.

                        Pourtant, là, je sens que nous sommes désespérément, irrémédiablement

                        seuls.

                        Aucun espoir que quelqu’un apparaisse. Et ça ne m’inquiète pas.

                        Nous sommes là, seuls dans cette nuit, voyageurs échoués,

                        comme des Robinsons au bord du quai, on compose un tableau, un groupe.

                        Au bord de ce quai on est comme au bord d’une scène, vous ne voyez pas ?

Rémi : Il fait le tour de Nathalie, soucieux, les sourcils froncés, l’examinant comme une mère son enfant avant de partir à l’école. Il farfouille dans les poches de Nathalie, soulève le rabat de son sac, vérifie qu’elle a ses clopes et son briquet, les regarde, lui en pique une au passage, l’air de dire « oh oui, tiens pourquoi pas », compte ses sacs et ses valises…

                        Manteau, écharpe, chaussures, sac à main, tout est là, l’ensemble est complet

                        sur elle…

                        Un sac de voyage, okay. Bon sang, Nathalie, ce truc en cuir de chameau

                        qui pue, tu l’as depuis 1975, non ?

                        Ecoute pas Marion, t’étais pas née, on le sait.

Christophe :      Moi, il y a des fois où ça me fait drôle quand même, de savoir qu’au moment où

                        je fumais mes premiers joints place de la Liberté elle pissait dans une

                        couche culotte dans un berceau de la maternité d’Aurillac…

(à suivre)



11 juillet 2008

Le Club - Acte I - Scène I

La scène se passe dans un train.

Six auteurs, en route pour un théâtre de province, endormis.

Voix : … Gare de Quimperlé, deux minutes d’arrêt

Rémi : Nathalie ? Réveille-toi, on est à Quimperlé ! Quimperlé, c’est pas après Lorient ?

Nathalie : ça dépend dans quel sens

Rémi : Tu trouves ça drôle de faire de l’humour à tout propos même réveillée abruptement ? Sans déconner, on est déjà passés à Quimperlé pour aller à Lorient ?

Nathalie : Mais j’en sais rien, pourquoi tu me demandes ça à moi ?

Rémi : Je sais pas, tu parles tout le temps de la Russie, je me suis dit que tu t’y connaissais en géographie

Nathalie : ( … )

Rémi : Non, bien sur, c’est idiot, irréaliste, ah merde, y a pas un autre mot pour dire ça ?

Nathalie : Très con ?

Rémi : Bon, je vais réveiller les autres. Marion, réveille-toi je crois qu’il faut qu’on descende là tout de suite

Marion : Qu’est ce qui se passe ? Oh la la, mais qu’est ce qu’il fait chaud dans ce train, c’est dingue.

Rémi : Je réveille tout le monde. Allez, zou. Christophe, David, Fabrice, réveillez-vous, on est arrivés mais pas là où on aurait du descendre. Quimperlé, c’est bien après Lorient non ?

Fabrice : Ecoute. Moi, ces régions à l’échelle française, j’y comprends rien, c’est trop petit, je m’y retrouve pas. T’as pas le temps de parcourir l’espace, d’embrasser l’infini.

C’est étriqué, miniature, j’y vois rien là dedans, tout se ressemble. Ces régions sont comme des quartiers, tu y es à peine entré que tu es déjà ressorti.

Marion : C’est pas faux. Moi, tu vois, je trouve qu’à l’échelle d’une cosmogonie, le concept de région ça veut pas dire grand-chose. Alors département, c’est comme une crotte de petit animal minuscule, tout riquiqui.

Rémi : Non mais je plaisante pas là il faut descendre sinon on va se retrouver à Brest

Christophe : C’est loin Brest ? Parce que je sais pas pourquoi mais je sens que ça me plairait. Ça à l’air romantique Brest, ces grandes avenues staliniennes, ces perspectives, ces ponts haut pendus au dessus de la rade. Ce vent….

David : Bon mais on fait quoi ? On descend à Quimperlé, sans rien savoir ? On peut pas trouver un contrôleur ?

Rémi : A presqu’une heure du mat’ ??? En Bretagne ??? Non, moi je dis qu’on descend, d’abord parce que le chef c’est moi, et puis après parce que moins on sera loin de Lorient, plus on sera près pour y retourner.

Affolement général.

Tout le monde ramasse ses affaires, se précipite vers la sortie et descend du train.

(à suivre)

07 juillet 2008

LE CLUB DES AUTEURS

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Marion
Auteur dramatique. Rousse carotte, ce n’est certainement pas sa couleur naturelle, elle a les racines plus sombres. Les cheveux en pétard. Elle s’habille court, avec des couleurs vives, on peut dire qu’elle suit la mode. Elle a souvent chaud, et enlève ses pulls et les remet en gonflant les joues et en soufflant pour bien montrer qu’elle a chaud et que ce n’est absolument pas pour montrer ses épaules et son large décolleté qu’elle enlève son pull mais bien parce qu’elle a très chaud. Eventuellement elle s’évente, pour enfoncer le clou.

Nathalie
Auteur dramatique aussi. Elle est d’une beauté auburn indicible. Regarde tout et tout le monde d’un air suprêmement indulgent, un peu las. Sa longue natte rousse laissée négligemment sur le sein gauche, elle pose sur ses voisins un regard brumeux comme venu des Flandres, comme une madone peinte par Vermeer, ses belles lèvres esquissent un sourire lointain de Joconde intelligente.

Fabrice
Auteur encore. Sublimement beau, entre la statue antique et le pâtre grec. Pâris moderne, il parle avec les mains, bronze sans ses deux anneaux de bois pour ne pas laisser de traces, revient toujours de vacances en chemise blanche immaculée. Il est tellement beau et se la pète tellement que les filles en ricanent de dépit dans son dos, évitent délibérément l’approche, sentant le puits à emmerdes virtuelles que représente ce type.

Christophe
Presque plus écrivain qu’auteur. L’air timide et timoré du type à qui rien ne réussit, ce type qui arrive pourtant très bien tout seul à prouver qu’il n’a pas de chances en se foutant tout seul dans les ennuis. « J’vous l’avais bien dit ! »   Porte le velours comme personne, un petit air de Tintin reporter monté en graine et désabusé. Convaincu d’être sans charme alors qu’il est irrésistible, et c’est surement pour ça qu’il l’est (voir plus haut).

David
Auteur comme que les autres. Passe son temps à se dandiner sur sa chaise comme s’il avait envie de faire pipi ou comme s’il avait envie de dire quelque chose de très important, tout de suite. Parle très vite. Le regard intelligent, l’écoute inconditionnelle, comme si l’autre risquait à chaque seconde énoncer une théorie capable de changer la face du monde instantanément. L’humour vif, piquant, glissé sous un coussin subrepticement, l’air de rien.

Rémi
Chef du Club, auteur quand même. L’œil de l’aigle, acéré, acerbe, lucide. Précis, rapide, net. Drôle. Irrésistiblement drôle, même. Gris perle, gris chic, de l’iris au crâne rasé. Le tout enveloppé dans un corps qui oscille de confortable à affuté durant la pièce, mais sans que personne ne s’en préoccupe, car c’est le regard qui capte toute l’attention, et la voix, une belle voix chaude et glacée au fil infimement cassé. Un timbre sec et tendre, un débit rapide, des mots comme des rochers Ferrero, croquants dehors, fondants dedans.

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