21 janvier 2009
L'art contemporain et nous. Part One

Aujourd’hui Malcie va vous parler d’art contemporain.

Il est de très mauvais ton de s’afficher hermétique à l’art contemporain.
Ou alors en chuchotant, et
encore, après avoir vérifié que celui à qui vous faites cette confidence
honteuse ne cherche pas à vous piéger.
Et
là, comme certains avant vous, vous commettez l’irréparable, vous ne vous
méfiez pas, au lieu de noyer le poisson et répondre « Et ben écoutes, ça va bien, et toi, tes projets, ça
avance ? », vous lâchez tout.
« J’ai trouvé ça franchement super nase. Un vide sidéral et dix pages de conceptualisation à la con. C’est à peu près aussi intéressant qu’une notice de crème antirides »
En un éclair vous comprenez que
ce n’était pas la bonne réponse. L’œil de l’autre s’éteint progressivement, son
sourire reste figé alors qu’il se détourne lentement pour attraper, sans même
regarder, un verre de vin blanc. Un seul. Vous restez planté là, cherchant un appui
autour de vous.
Si vous le voulez bien, nous allons décomposer ensemble
la situation, et ainsi vous allez mieux comprendre vos erreurs.

Tout d’abord, il y a fort à
parier que vous avez mal évalué votre interlocuteur. Pourtant, quelques signes
avant-coureurs auraient pu vous mettre sur la piste… Pour les garçons, écharpe
légère, grise ou noire, faisant un tour - un seul - autour du cou, veste
cintrée noire ou blouson de l’armée, paire de Converse, total look noir,
lunettes rectangulaires noires, devraient agir comme autant de petits signaux
d’alarme. Pour les filles, tous les looks arty et/ou bohèmes sont à considérer
avec suspicion, mais c’est plus compliqué. Avec les filles, on ne peut jamais
savoir. Après, il va sans dire que sont potentiellement tabous galeristes et commissaires
d’expositions, tous les institutionnels de la culture, les
artistes, principalement ceux qui s’estampillent « plasticiens », et
les théâtreux, copains de blabla, qui partagent avec l’art contemporain le goût
de l’explication de texte. Donc là, le conseil, c’est « silence ».
A moins que l’interlocuteur n’envoie des indices par des mots clefs tels que
« charlot » ou « n’importe quoi » ou encore « alors là
je sèche », tenez-vous à carreau et continuez à observer et écouter du
coin de l’oreille ce qui se dit autour de vous…

Mais on ne peut pas tout le temps garder la bouche pleine... Et là se joue la partie la plus délicate. Vous avez encore quelques minutes de répit en attrapant un gobelet en plastique et en avalant de grandes gorgées de liquide pour faire passer la petite collation. Vous pouvez réitérer le petit sketch de communication non-verbale ci-dessus évoqué - les roulements d’yeux, la main agitée comme si vous aviez très chaud et très honte - mais après la déglutition finale, il faudra bien y aller.
Les trois quarts des gens ici présents n’ont pas eu à la faire ? Je sais, c’est injuste.
Pas de bol. Peut être n’avez-vous
pas été assez rapide ? N’auriez-vous pas pu prendre le bras d’une amie
juste à la sortie pour lui murmurer une petite confidence, lui rapporter une
anecdote, un truc qui commence par « Tu
sais pas ??? Je… ». Vous
auriez échangé quelques mots ensemble en riant de concert jusqu’au buffet et
c’était bon, sauvé. Tout le monde a oublié pourquoi il était là, une fois le
buffet atteint.
Donc, celui là, déjà, s’il déambule tout seul un verre à la main, c’est qu’il se fait chier parce qu’il ne connait personne. Et là vous tombez de Charybde en Scylla. Parce que le gars qui connait personne dans un vernissage, c’est lui qu’il faut à tout prix éviter. Souvent il est un peu moche, ou un peu vieux, ou les deux. Généralement non conforme aux codes vestimentaires en vigueur. Le boulet est rarement un type grand et bien bâti, au teint frais et sain du gars qui vit en plein air, les dents blanches derrière un bon sourire franc. Même si je dois avouer qu’on pourrait s’y tromper, non, Crocodile Dundee n’est pas un boulet. Le boulet parfois même, il sent de la bouche. Ne riez pas, vous savez bien que c’est vrai, qu’un malheur n’arrive jamais seul. Parce que ça vous est arrivé à tous. Ah oui. Pas forcément dans un vernissage, mais à un pot de fin d’année, un congrès professionnel, une invitation promotionnelle, une réunion de parents d’élèves, au Salon des chiots et petits chiens… Le boulet est souvent mal attifé, la chemise ou la veste qui tombe un peu, l’imperméable sur le bras. Il a souvent le poil un peu rare, la peau pâle, et il manque un peu de charisme.
Donc, là, c’est très simple, la seule technique possible c’est l’évitement. Ne jamais croiser son regard. Au besoin, loucher.
Après, même si on sait que le boulet est insensible aux signaux de communication non-verbale, on lui en envoie quand même quelques uns. La tête tournée systématiquement à l’opposé de là où il se trouve, le dos qui fait barrage. Ne pas hésiter à se tourner dans l’autre sens lorsqu’il passe et repasse, quitte à être grossier. Car grossier il faudra l’être à un moment donné ou à un autre il faudra en passer par là. Je sais, ça fait mal quand on a été élevé dans le respect du prochain, la charité envers les pauvres, les malades, les faibles, les exclus de la société…
Bon c’est comme vous voudrez mais je
vous aurais prévenu.
Et ben voilà. Voilà où nous en
sommes à présent. Le boulet est glué à vous comme une bernique au rocher depuis
une demi-heure de bavardage mou, inintéressant, de considérations molles sur
l’exposition, la qualité du champagne, quelques questions sur vous « Et vous venez souvent ? … Et
vous êtes… ? Ah, oui, ça doit être intéressant… ». L’ennui tombe
sur vous comme par hypnose, vous cherchez fébrilement comment vous débarrasser
de l’importun, mais comme ils sont malins, ces gens là, ils savent que jamais
ils ne doivent laisser retomber la pression, ne pas vous quitter des yeux une
seule seconde, pour que vous n’ayez pas le temps de repérer une bouée de
sauvetage, ne pas laisser le silence s’installer, jamais. Aussi la seule
alternative pour vous à ce stade, c’est l’impolitesse. Jamais personne ne viendra volontairement vous sortir de ce mauvais
pas pour prendre votre place.
Sinon, il y a la technique de pêche à faible distance. Dans votre entourage proche, cherchez bien, il y a forcément quelqu’un que vous connaissez un tout petit peu. Quelqu’un avec qui vous avez échangé un sourire une heure plus tôt fera l’affaire, ne chipotez pas. Même ce type que vous détestez, Benjamin, totalement imbu de lui-même et lunatique, allez-y, c’est vraiment pas le moment de faire le difficile, franchement. Faites semblant de rire très fort à ce que vous raconte le boulet et tournez-vous aussitôt vers Benjamin, comme si il loupait le truc le plus rigolo du monde. Avec un peu de chance, il se rapprochera pour partager avec vous ce moment de franche rigolade et c’est là qu’il faut jouer finement. Ferrer doucement le poisson. Reprendre n’importe quel élément de la conversation molle « Comme me le disait justement Monsieur Boulet à propos de l’exposition, l’artiste a vraiment un univers très fort !!! Je vous présente Benjamin, un spécialiste de l’art, Monsieur boulet ! Je vais nous chercher des verres, pendant que vous papotez ensemble, hmmm ? Je reviens tout de suite ! » Le tout avec l’air le plus pimpant possible. Plein d’entrain, joyeux et vif. A aucun moment les protagonistes ne doivent se douter que vous ne reviendrez jamais.
Le conseil que je vous donne, c’est de vous tirer carrément. Si le lieu est très grand, vous pouvez sans risque ni honte passer le reste de la soirée planqué derrière votre copain Robert à grignoter des tartines et boire du jus de papaye tout en faisant se tordre vos amis à la narration de votre forfait, mais le plus sur c’est tout de même de vider les lieux. Parce que non seulement Benjamin risque n’avoir apprécié votre coup de pute que très moyennement, et venir vous le faire savoir vertement, mais aussi parce vous n’êtes pas à l’abri d’une deuxième salve de monsieur boulet.

Revenons à la dernière gorgée de blanc.
Vous vous êtes raisonné. Après tout, une petite compromission, ça n’a jamais fait de mal à personne, et puis, au fond, vous restez bien campé sur vos positions, vous avez votre opinion pour vous, n’est-ce pas l’essentiel ?
Et vous avez quand même eu trois ou quatre saucisses cocktail pour réfléchir...
Toujours pas la moindre petite idée ?
Bon.
D’accord.
Je vous aide.
Encore mieux, l’une de
mes très chères amies, me parlant d’une exposition à laquelle elle s’était
rendue il y a quelques jours, m’en a sorti spontanément une très très bonne,
qu’elle s’attend à trouver ici, puisque dans la seconde où elle s’est aperçue
en rougissant de ce qu’elle venait de dire j’ai sorti mon calepin pour le
noter.
« Y a truc qui n’est pas inintéressant mais j’arrive pas à cerner
quoi ».
Je jure que c’est vrai.
18 janvier 2009
Spéciale Dédicace
Vous avez rendez-vous à l’Hôtel de Ville pour faire un reportage sur le Conseil Municipal des enfants. A l’heure dite, vous êtes devant l’entrée, une légère d’impression d’être une espèce de tulipe trop vite poussée dans un parterre de pétunias, la paille la plus longue de la courte paille au milieu de toute une tripotée de gamins, que vous voyez d’en haut, comme une photo d’Arthus-Bertrand. Vous n’avez pas l’habitude des gamins, ça se voit tout de suite. Vous vous demandez toujours s’il faut se pencher pour leur parler ou si ça va, d’en bas, ils vous entendent quand même.
Dehors, il fait encore un petit peu froid mais rien à voir avec les températures de ces derniers jours. Prudente, vous avez néanmoins consciencieusement accompli le rituel de l’empilement. Un collant par-dessus un collant (vous aviez commencé à appeler ça un legging, mais à présent, consciente du ridicule, vous ne savez plus très bien comment dire, le mot caleçon étant désormais réservé aux sous-vêtements masculins, alors vous dites collant sans pied), un peu retourné sur les hanches parce que ça vous serre le ventre, mais des fois aussi du coup ça fait froid au ventre alors vous le redéroulez mais c’est toujours un peu compliqué pour distinguer au toucher sur quelle strate vous vous trouvez. Quand vous allez faire pipi ça peut prendre un certain temps, surtout si vous avez gardé votre manteau, il arrive que la ceinture se glisse entre deux vêtements sans que vous en rendiez compte et là bien sur vous êtes obligée de tout reprendre un par un, avec votre sac qui s’est cassé la gueule de la poignée où vous l’aviez précautionneusement accroché en équilibre, parce qu’il n’y avait pas de patère. Parfois même la grande écharpe que vous avez achetée bien longue comme ils disaient dans Elle manque de peu plonger dans la cuvette, ou éponger le sol à vos pieds, mais le pire n’est jamais arrivé, parce que vous faites trois fois le tour du cou avant d’attaquer la séance. Ces derniers temps, la mission s’enrichissait de l’embarrassant problème des gants et du bonnet. Vous avez enfouis les gants dans les poches du manteau et ils dépassent légèrement comme de petites oreilles, en équilibre instable, parce que les poches sont un peu petites pour les grosses moufles que vous a offertes votre copine Marie l’année dernière, et que vous n’aviez encore jamais mises. Le bonnet, lui, est enfoncé jusque sur vos yeux parce que sinon, ça fait une grosse poche sur le dessus de la tête, comme les bonnets des Schtroumfs. Vous devez donc tourner la tête entièrement pour voir sur les côtés, en haut et en bas. Pour toutes les raisons évoquées ci-dessus vous avez un peu chaud.
Il vous est arrivé de rajouter une paire de chaussettes en soie, mais pas là. Vous regrettez presque, l’humidité, en Bretagne, est limite plus pénétrante que le froid alsacien (vous étiez en vacances en Alsace, mais bon, on s’en fout un peu, non ?). Pour le haut du corps, la partie sacrée qui ne doit surtout jamais avoir froid, vous avez commencé par un sous-vêtement en fibres creuses, spécialement développé par la Nasa, traité antibactérien, anti odeurs, anti froid, anti vent, anti humidité, qui laisse passer la transpiration (pour aller où ?) et bloque le froid. Après, vous rajoutez toujours une couche intermédiaire, vous vous méfiez de passer tout de suite au gros pull ou à la polaire, qui n’arrive, elle qu’en troisième place. Grace à cette gestion rigoureuse des épaisseurs, vous n’avez pas triplé de volume. En revanche, ce que vous n’aviez pas prévu, c’est qu’à la fin de la visite de la Mairie à la suite des enfants (le truc dont vous aviez commencé à parler il y a une heure et demie, bon sang, il suit, le lecteur, ou pas ?), votre téléphone sonnerait.
Vous épargnez au lecteur le pourquoi du comment, mais vous voilà à présent au premier étage, dans le bureau de votre copine Katell, qui vous fait de grands signes derrière la porte. Katell est hilare, elle vous dit « Hey t’as vu ? T’es dans grand paradi ! »
Dans les bureaux il fait au moins 40° en pleine après-midi. Vous aviez déjà retiré votre manteau en voyant avec inquiétude l’animatrice avec laquelle vous aviez rendez-vous en petite blouse de coton. Il vous faudrait à présent retirer au moins deux des trois couches de vêtements, mais l’opération pourrait vite tourner au cauchemar. Vous allez prendre sur vous et faire confiance à la fibre creuse, toujours sans jamais chercher à savoir où va aller la transpiration évacuée.
grand paradi ! Avec un g minuscule et sans s. Ah, grand paradi…
grand paradi, c’est un blog. Vous l’avez découvert en surfant de ci de là, depuis le blog de votre copine Christelle, et vous êtes tombée sur le flanc, raide séchée, comment cette fille elle écrivait avec une grâce glacée, une drôlerie sans lourdeur, une poésie sans mièvrerie, une ironie sans aigreur. Vous lui avez sauté aussitôt sur le poil pour la couvrir de compliments (enfin il vous semble) et vous l’avez aussitôt installée sur un petit fauteuil, là, à droite, dans la colonne des liens, avec une couronne sur la tête. Katell, votre lectrice top number one super fan, parmi vos douze fidèles lecteurs, a aussitôt compris quelle pépite était grand paradi, et elle le lit avec gourmandise et régularité depuis qu’elle l’a découvert.
Et là, elle était super contente parce que grand paradi vous avait citée dans un de ses posts.
Vous vous demandez si Katell a bien compris que grand paradi vous citait parce qu’elle n’était pas parvenue à trouver comment insérer un lien dans son blog.
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