23 juillet 2008
Circus
C’est l’histoire d’une fille qui va au cirque. Qui ouvre grand les yeux et se régale des décors peints, des guirlandes de loupiotes, du velours rouge et des franges. Planquée au milieu du public, elle a plié son blouson pour se faire un petit coussin confortable pour son cul-cul, allongé les jambes et elle soupire un p’tit peu en regardant partout autour d’elle.
Quand le spectacle commence elle fait comme les autres, enfin, elle rit moins fort, elle pouffe juste un peu. Y a bien des fois où elle rigole très fort, mais là non. C’est pas que ce soit pas bien mais quand ça fait trop de bruit devant, elle entre pas en concurrence. Peut être finalement que ce qu’elle aime c’est entendre son rire fuser seul au milieu du silence.
Sur scène, c’est l’histoire d’un restaurant, une pizzéria un peu foutraque. Et quand le serveur passe dans les rangs pour choisir les convives qui monteront sur scène, elle ne se méfie pas, enfin si, un peu quand même, elle évite de croiser le regard du type qui cherche « una ragazza ». Les yeux noirs, ça risquerait le tenter.
Quand il lui tend la main pour l’inviter à le rejoindre elle y va, confiante, quelques minutes au bord de la scène c’est pas bien méchant. Le type presqu’à côté monte aussi, et puis une autre fille, choisie par le marmiton. Y a deux comédiens, un marmiton maladroit, en habit de marmiton et toque blanche un peu écrabouillée, et un serveur plutôt sexy, queue de cheval, anneau à l’oreille, barbe 3 jours, petit gilet et chaussures pointues. Ils se disputent, chacun veut sa cliente. La candidate du marmiton semble l’emporter, celle du serveur – la fille qui va au cirque, l’héroïne de l’histoire – commence à souffler et entame un retour en direction de sa place, l’air de rien. Elle se rassoie tranquillement. Ah zut, le frérot aux godasses de mafieux vient la récupérer, c’est lui qui a gagné finalement. Retour à la case départ.
Bienvenue chez les fous. Le mafioso installe le couple à table, au centre de la scène. Nappe à carreaux et petite bougie le spectacle commence, ça parait finalement très mal barré pour que ça ne dure que cinq minutes. La fille se dandine sur sa chaise, elle tire sur son pull, putain de taille basse. Elle vérifie discrétos les cheveux, le collier, elle croise les jambes, puis les bras. Elle sait pas trop comment se mettre Elle se demande si elle transpire pas au moins, le type en face d’elle ruisselle littéralement, sous les projecteurs. On voit bien qu’elle essaye de tourner le dos au maximum au public qui n’a que ça à faire de mater comment les deux crétins montés sur scène vont se débrouiller. Elle se sent pas trop bien, avec l’impression d’avoir un sourire botox vissé sur les lèvres, la sensation d’être très rouge et le regard un peu traqué.
Derrière, les deux lascars virevoltent, grimacent, lui font des misères tout en jonglant avec la pate à pizza, les assiettes, les nappes. Elle ne se souvient plus très bien de ce qu’ils font, ça tourne un peu, elle est concentrée sur ce regard unique, cet œil du cyclope du public qu’elle sent peser dans son dos, les rires, les applaudissements, les sifflets.
Enfin c’est l’épilogue. Le serveur pose une bouteille de vin devant le type qui a joué avec elle, et elle se dit que c’est sympa, ça lui aurait bien plu la bouteille avec la tronche des deux frérots dessus, en souvenir. Puis c’est au tour de la fille recalée, dans le public, de se voir offrir une rose rouge. Tiens ben elle s’en fout, elle aime pas les roses toutes seules, toutes raides, comme ça, mais elle a petit pincement. Jouer les mal aimées, les détestées, pendant une heure, comme ça, y a des vieux trucs pas nets qui remontent, bon, c’est qu’un jeu mais quand même.
Et là… Le pizzaiolo fou déboule avec un bouquet énorme, énorme, vraiment, un bouquet comme elle en a jamais eu. Un bouquet comme ceux qu’on offre aux artistes sur scène, et elle, elle se dit que parti comme c’est, il va le lui passer sous le nez et l’offrir à quelqu’un d’autre. Vraiment elle pense ça.
Et non, il le lui tend, elle hésite, elle le prend. C’est lourd, c’est émouvant finalement comme geste. Et il la prend dans ses bras, le méchant jeu est fini, on le voit dans ses yeux, même s’il fait ça tous les soirs avec un spectateur différent, chaque moment est unique. Elle est vachement émue, c’est tout con, se retrouver face à des gens qui applaudissent, un bouquet à la main, c’est émouvant. Plus tard, à la sortie, tout le monde lui sourira, la reconnaitra, lui dira bravo, c’était bien mérité, il vous en a fait, j’aurais pas aimé être à votre place. Elle est toute retournée.
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22 juillet 2008
Côtes
La route côtière dévore la falaise en longues courbes sinueuses, comme un lacet d’asphalte serré au cou, broutant l’herbe rasée par le vent qui souffle en permanence entre Saint-Jean de Luz et Hendaye, la mer en contrebas qu’on entend même pas rugir, tellement la falaise est haute. Plus rien d’autre n’existe à cet endroit que le ciel, le vent, le noir de la route, et la mer qui s’étale en plaques métalliques bleutées, au loin, très loin. La portion de route côtière est si courte que peu de gens s’y arrêtent, surpris d’être déjà en vue de la baie d’Hendaye, sa plage grisâtre et ses immeubles sans âme…Il faut être prêt à vibrer très vite, le temps de quelques kilomètres où on se retrouve suspendu comme une mouette, en apesanteur, à cette extrême limite entre ce que l’on a quitté et ce qu’on va trouver, on ne voit encore rien devant et plus rien derrière, rien des montagnes basques à l’est…seule la mer à l’ouest, qui se confond avec le ciel, et toi, tout seul dans ta bagnole, sur cette croupe grise qui ressemble à l’Irlande. Tu as quelques minutes pour être le roi du monde, tu écarquilles les yeux, tu ouvres ta cage thoracique en grand, les images s’y engouffrent à fond la caisse, le vent ronfle à travers tes côtes, ton diaphragme hurle, ton dos est plaqué contre le siège, tes bras sont tendus sur le volant, la nuque est raide, tes doigts fourmillent, tu bloques tout et tu le gardes, Hendaye est là, le rêve explose en éclats.
21 juillet 2008
Prendre le train
Bon bon bon, prenez donc le train, c'est beaucoup plus agréable, on peut y lire, y faire pipi aisément, y tendre son ticket d'un air complice au contrôleur qui est peut être en train de poinçonner son millionième ticket (et, SI ça SE TROUVE, je suis TRES loin du compte....) regarder passer les vaches, dormir, se blottir contre l'épaule de son chéri avec bonheur...soupirer un peu, gigoter, manger un bonbon, feuilleter distraitement ELLE, lorgner sur le VOICI de la voisine, froisser en boule LE MONDE pour le mettre dans la poubelle parce que décidément c'est trop chiant...se retourner d'un air excédé vers la mère de l'enfant qui hurle depuis le départ, soupirer, examiner du coin de l'oeil la tenue de la fille trois rangs plus loin, mater les amoureux du bout, puis s'étirer, bailler, mordiller l'oreille de son chéri qui grogne en essayant de lire LE MONDE qu'il a récupéré dans la poubelle après l'avoir débarrassé des filaments de banane qui s'y étaient collés....et enfin se lever à l'annonce de la gare, se rhabiller comme s'il faisait moins douze dehors, puis descendre du train le cou en avant, pour repérer les gens qui viennent vous chercher, et savourer ce délicat petit moment de bonheur des retrouvailles sur un quai de gare
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16 juillet 2008
LOST IN THALASSO | EPISODE VI

Je comprends déjà mieux l'air hagard des curistes entrevus...Il est 9h50. Le prochain soin est à 10h30. Ah oui. Bon. Une petite tisane goût plantes ? Allez ! Je me joins à un groupe dans lequel se trouve la blonde, qui n'est pas dépressive du tout, mais simplement très détendue. Tout le monde boit sa tisane d'un air extrêmement détendu (je pense qu'ils ont du choisir le goût relaxation)...c'est très étrange, ces gens (l'un d'entre eux, un rouquin au cheveu rare, très laid, ressemble terriblement à notre nouveau directeur commercial, c’est un cauchemar) en peignoir mal fermé qui papotent d'un air très détendu en buvant de la tisane, de choses très simples, genre les ballades à faire en Bretagne (la blonde avait choisi d'aller passer l'après-midi à la pointe du Raz - ils sont trop détendus, à mon avis, pour faire des trucs pareils, en janvier, sous la pluie battante, avec un vent à 120 Kms/h) sur un ton très plat et mou... Je commence à regarder mon gobelet de tisane d'un air méfiant, j'ai moi même sorti quelques platitudes avec un petit rire très plat et mou quelques secondes plus tôt...
Bon. Il est dix heures : la tisane, c'est fait; le pipi, c'est fait. La prochaine étape étant un cours d'aquagym, je me dis que je vais me faire une petite demi-heure de piscine en attendant, puisque mon maillot est mouillé, maintenant… Excellente idée ! La pose du bonnet de bain me prend une bonne dizaine de minutes, malgré les conseils de ma copine Gaby, l'objet se tord dans tous les sens, m’échappe en me glissant des mains avec de petits « plop » et l'installation de manière à peu près correcte est très très délicate : trop serré près du visage, il déforme les traits en plissant les yeux, façon morphing, et trop lâche je ressemble à un schtroumf...sous la lumière des néons l'effet est terrifiant...Je claque la porte des toilettes derrière moi pour échapper à cette vision trop déprimante… pourvu que personne ne me regarde… Passons rapidement sur la piscine avec ses petits remous, et le cours d'aquagym, tonique et efficace. J'enchaîne in petto sur un hammam, fort en vapeur et huiles essentielles goût plantes... Je tiens un quart d'heure, et il me reste encore un peu de temps avant le soin suivant...Tisane, pipi, je monte à l'étage pour un massage. Là, c'est une détente terrifiante : à peine installée, je ne suis plus qu'une couche de raclette fondue, répandue sur la table...cette fois, vingt minutes, c'est beaucoup trop court…de plus le masseur a le bon goût de faire son boulot en silence, les flûtes de pan me sont épargnées…
Fin des soins avec une douche à jets au fond d'une cabine de trois mètres...picottis, picotements, massage, ça pétille et ça pique, ça masse, c'est fort, ça réveille, c'est super bon. Il ne reste plus qu'à réfléchir à ce que je vais raconter à mes amis lorsqu’ils vont me demander comment ça c’est passé…c’est là qu’on va voir s’ils ont vraiment le sens de l’humour...
FIN
12 juillet 2008
LOST IN THALASSO | EPISODE V
Mauvais signe, Zézette arrive avec une toute petite bassine en plastique jaune, de la taille de mon gros bol à thé du matin. Elle me fait asseoir sur un table recouverte de film plastique, m'enduit le dos d'une fine couche de boue chaude,un délice, puis, basta, une petite application sur chaque articulation et hop elle me referme dans le plastique. Une espèce de bâche bleue de camping recouvre le tout... Zézette éteint le néon et laisse une lumière chiche et brunâtre, met un CD Natures et Découvertes, et me quitte sur ces mots épouvantables :
- "Voilà, vous en avez pour vingt minutes à vous détendre, je reviens dans dix minutes pour voir si tout va bien"
Vingt minutes ? ... Vingt minutes... à se détendre ? avec des flûtes de pan ? entortillée dans du Scello-frais sous une bâche de caravane qui pue le plastique ? Ah ben d’accord, on va se détendre alors, Youpi. Je me détends donc. C'est rudement chouette de se détendre avec des flûtes de Pan, en fait...on y pense pas assez souvent...Le nombre de gens qui doivent foncer chez Natures & Découvertes après une thalasso, à mon avis, c'est énorme... Je regarde les interrupteurs, j’essaye de lire ce qu’il y a écrit dessus. Je pense à ce que je vais faire à manger ce soir, dommage, tout est déjà prévu, des amis viennent dîner. J’écoute les bruits derrière la porte, les gargouillis de l’eau. J’attends.
Au bout de dix minutes Zézette revient :
- "Tout va bien ?"
(elle avait prévenu, qu'elle reviendrait voir si tout allait bien) ...résignée, je marmonne :
- "Hmoui Hon Hon Hmoui…"
Et c'est vrai, puisque la moitié du temps est finalement déjà passée, épatant. Au bout de dix minutes supplémentaires de flûtes de Pan elle revient, soulève la bâche bleue, et au moment où j'allais enlever la feuille de plastique pour enfin sauter de la table, et me libérer, elle m'apporte un petit marchepied en plastique.
- "Ah ben non, on va aller jusqu'à la douche avec le plastique ! "
Ah oui, quelle bonne idée ! Comme ça on n’en met pas partout, de la boue ! C’est donc en rouleau de printemps dandinant que je sautille grotesquement jusqu'à la douche, éliminer les reliquats de boue... Rien ne t'est épargné, en thalasso, faut vraiment avoir le sens de l'humour. Fin du premier soin. Ouf.
(à suivre)

11 juillet 2008
Le Club - Acte I - Scène I
La scène se passe dans un train.
Six auteurs, en route pour un théâtre de province, endormis.
Voix : … Gare de Quimperlé, deux minutes d’arrêt
Rémi : Nathalie ? Réveille-toi, on est à Quimperlé ! Quimperlé, c’est pas après Lorient ?
Nathalie : ça dépend dans quel sens
Rémi : Tu trouves ça drôle de faire de l’humour à tout propos même réveillée abruptement ? Sans déconner, on est déjà passés à Quimperlé pour aller à Lorient ?
Nathalie : Mais j’en sais rien, pourquoi tu me demandes ça à moi ?
Rémi : Je sais pas, tu parles tout le temps de la Russie, je me suis dit que tu t’y connaissais en géographie
Nathalie : ( … )
Rémi : Non, bien sur, c’est idiot, irréaliste, ah merde, y a pas un autre mot pour dire ça ?
Nathalie : Très con ?
Rémi : Bon, je vais réveiller les autres. Marion, réveille-toi je crois qu’il faut qu’on descende là tout de suite
Marion : Qu’est ce qui se passe ? Oh la la, mais qu’est ce qu’il fait chaud dans ce train, c’est dingue.
Rémi : Je réveille tout le monde. Allez, zou. Christophe, David, Fabrice, réveillez-vous, on est arrivés mais pas là où on aurait du descendre. Quimperlé, c’est bien après Lorient non ?
Fabrice : Ecoute. Moi, ces régions à l’échelle française, j’y comprends rien, c’est trop petit, je m’y retrouve pas. T’as pas le temps de parcourir l’espace, d’embrasser l’infini.
C’est étriqué, miniature, j’y vois rien là dedans, tout se ressemble. Ces régions sont comme des quartiers, tu y es à peine entré que tu es déjà ressorti.
Marion : C’est pas faux. Moi, tu vois, je trouve qu’à l’échelle d’une cosmogonie, le concept de région ça veut pas dire grand-chose. Alors département, c’est comme une crotte de petit animal minuscule, tout riquiqui.
Rémi : Non mais je plaisante pas là il faut descendre sinon on va se retrouver à Brest
Christophe : C’est loin Brest ? Parce que je sais pas pourquoi mais je sens que ça me plairait. Ça à l’air romantique Brest, ces grandes avenues staliniennes, ces perspectives, ces ponts haut pendus au dessus de la rade. Ce vent….
David : Bon mais on fait quoi ? On descend à Quimperlé, sans rien savoir ? On peut pas trouver un contrôleur ?
Rémi : A presqu’une heure du mat’ ??? En Bretagne ??? Non, moi je dis qu’on descend, d’abord parce que le chef c’est moi, et puis après parce que moins on sera loin de Lorient, plus on sera près pour y retourner.
Affolement général.
Tout le monde ramasse ses affaires, se précipite vers la sortie et descend du train.
(à suivre)
La Thalasso est-elle Glamour ?
Misère misère ! Mon dieu Mon Dieu ! Un bloggeur vient de laisser un commentaire et j'étais même pas prête...
Et voilà Eric, 36 ans et toujours célibataire (Mooon Dieu C'est-y pas possible un brave gars comme ça...) qui me hèle sans façon depuis son balcon.
Eric ! La Thalasso GLAMOUR ????
Ah la la non. Le SPA, à la limite (prononcer SPAAAAHHHH) et encore.
J'ai une très bonne nouvelle pour toi.
Au printemps, j'ai retenté l'expérience d'une après-midi thalasso, mais cette fois entre filles, et je pense pouvoir en tirer quelques posts sympas. Mais définitivement NON GLAMOUR.
Et figure-toi que j'ai gagné un coffret Thalasso récemment (Au secours !) et que je vais pouvoir actualiser la situation de la Thalasso en 2008 très prochainement.
Reviens régulièrement, j'ai été ravie de pouvoir éclairer ton regard sur le monde...
LOST IN THALASSO | EPISODE IV
Mieux réveillée, je rejoins le couloir des soins où les portes des cabines se succèdent...derrière il y a des bruits bizarres...De l’eau qui coule, qui goutte, qui bouillonne, on entend des jets, l’eau qui s’évacue dans les canalisations en ronflant... ça ne sent pas le chlore ni la javel puisque c'est de l'eau de mer, d'ailleurs ça ne sent rien, c'est pas plus mal...à part de temps en temps, des rots d'huiles essentielles goût plantes. Tout dégoutte d’eau. Au milieu du couloir, des chaises en plastique trempées sur lesquelles attendent des curistes fatigués, le cheveu humide, l’air résigné...A intervalles réguliers, les portes s'ouvrent et des jeunes femmes en débardeur coton Petit Bateau blanc, cintrées dans de grands tabliers de plastique blanc qui leur donnent l'air d'infirmières début de siècle, excepté les mules Aréna, font l'appel pour leur cabine :
- "Madame Ménard ! Madame Ménard n'est pas là ? »
Elles pointent le doigt vers des curistes en train de lire de vieux magazines imbibés, peinant à détacher les pages toutes collées, qui lèvent la tête de leur lecture l’air ennuyé et dubitatif…
- « Vous n'êtes pas Madame Ménard ? » Ben non, hein.
Elles soupirent.
Le centre n'est pourtant pas grand. Je me demande ou foutre peut être Madame Ménard, vu que quand même il y a entre trente et quarante minutes de battement entre chaque soin...La porte se referme sur le curiste penaud arrivé à la bourre, le peignoir toujours un peu plus en vrac, le pochon traînant…j’aimerais pas être à sa place, la dame avait pas l’air contente.
Enfin...lorsque vient ton tour, tu te lèves avec un grand sourire parce que t'es rudement contente que ça commence, qu'on s'occupe un peu de toi...pas de chance, ma soigneuse parle comme Zézette dans « le Père Noël est une ordure », ce qui donne une tonalité toute particulière au soin... J'ai choisi l'application de boue...je me régale à l'avance, imaginant une espèce de tartinage sensuel en épaisse couche de boue blanchâtre, mes cuisses glissant l'une contre l'autre dans un cocon crémeux...
(à suivre)

10 juillet 2008
* La Guignette
La Guignette est un endroit à part…ça ne ressemble à rien de connu. C’est une cave à vin qui sert à boire…Il faut pour y aller traverser le canal, passer de l’autre côté, dans le quartier Saint-Nicolas, l’ancien quartier des marins, fournitures pour la marine, accastillage et cordages, hôtels, pensions de familles, troquets. Aujourd’hui, hormis la rue Saint-Nicolas, le quartier est calme, très calme, et abrite des trentenaires gentiment bohèmes, des artistes et quelques voileux…
La Guignette, c’est rue Saint-Nicolas, une façade de bois d’un rouge sombre un peu écaillé, un tonneau sur le trottoir pour signaler l’endroit et maintenant il faut plonger…des lumières glauques, néons usés, éclairent mal les recoins, les murs vert pistache, jaunis de nicotine, recouverts d’étagères portant les verres et les bouteilles de vin. Ici on ne boit que du vin, la « guignette » vin blanc aromatisé aux fruits, on ne sait pas lesquels, on dit juste du jaune, du vert ou du rose…le vert est affreux, le rose supportable, le jaune correct…de toute façon on s’en fout parce qu’on est là pour boire et pour tchatcher.
A l’entrée, il y a un petit réduit vitré rempli de paperasses, ça doit être la comptabilité, vieux calendriers, registres fanés, un fauteuil garni d’un coussin délavé. Plus loin à droite, le comptoir, immense, et partout des tonneaux entourés de tabourets, on s’en fout, on n'est pas là pour s’asseoir… Pas de musique, parce qu’on ne s’y entendrait plus causer, puisque, quand même,
la Guignette on y va pour se parler…Tout est vieillot, jauni, enfumé, bruyant, sale…on finit toujours par renverser un verre ou deux sur son voisin, on est entassés les uns sur les autres… Quand on rentre à la Guignette, on se demande toujours un peu ce qu’on vient foutre là dedans, mais on sait qu’on va en ressortir puant la vinasse et la clope.
la Guignette, on est forcément nombreux, et on vient pour rester ensemble. C’est un bar où on peut pas envisager d’aller à deux…Chaque groupe est dans sa bulle, dans son histoire perso, chacun se côtoie sans agressivité, mais sans échange. Le but c’est de venir avec ses potes s’éclater pour pas cher, le pichet à 20 balles, l’ambiance monte vite, parce que
la Guignette, ça s’boit tout seul, ça n’à l’air de rien, mais tu ressors jamais très net…au fur et à mesure que les verres s’additionnent, le niveau sonore se met au diapason, les sourires s’étirent, les mains s’envolent, les corps appuyés contre les murs se désarticulent, les vêtements se mettent à coller et les têtes à se rapprocher …
La Guignette, ça ferme tôt, c’est toujours un petit déchirement, il va falloir trouver un autre rade, faut s’arracher du cocon crasseux. Les gens qui passent devant se demandent toujours ce qui peut attirer autant de monde. A la fermeture, de petits groupes trainent toujours un peu, hésitant à partir à gauche ou à droite, continuer à picoler ailleurs, aller s’endormir au resto ou tenter un kébab… Il y a toujours quelqu’un qui se fait rattraper par les autres du bout de la rue et fait demi-tour pour continuer la soirée, finalement…
09 juillet 2008
LOST IN THALASSO | EPISODE III

Je continue le couloir jusqu'à l'espace hydro marin...une piscine à jets, ambiance blanche façon salle de soins, banquettes bouillonnantes machin bidule dans laquelle barbotent quelques têtes en bonnet latex rouge et blanc, l'air perplexe et désoeuvré. Je me rends compte que tout est blanc, les chaises en plastique, les peignoirs, les murs, le carrelage, la peau des curistes. Je me souviens alors que j’ai horreur du blanc. Trop tard.
Malgré les panonceaux annonçant une eau à 31°, la piscine me tente assez moyennement… les gens qui baignent dedans ont l’air de se demander ce qu’ils font là, et moi un peu pareil déjà. Aussi je continue la promenade jusqu'à "la rivière aux galets" dont le titre m'émoustille un peu, m'imaginant une sorte de descente de canyon ludique, toboggans et glissades...J'arrive donc à la rivière, un parcours rectangulaire en carrelage bleu canard, grand comme deux jacuzzis, décoré par deux plantes en plastique symbolisant la jungle luxuriante, tournant autour d'une main courante en inox. Une curiste blonde tourne à l’intérieur du parcours de bon cœur, et m'accueille avec un sourire en me proposant de la rejoindre, sous le prétexte que c'est plus drôle à deux. Je suis toute prête à la croire, en léger manque de communication, j'avais à peine ouvert la bouche depuis la veille au soir, je lui demande donc en croassant si c'était pas trop chaud, et là elle me dit :
- « Ah bé non, hein, c'est tonifiant, elle est à 14° »
Un blanc se fait dans ma tête. Quatorze degrés.
Alors que j’avais ignoré le bassin à 31°, quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi je me retrouve en train d’arpenter la rivière aux galets (tout de suite trois mètres de long, mais avec le retour de l'autre côté, ça fait une grande promenade de six mètres) me bousillant la plante des pieds sur des galets de travers, dans de l'eau glacée, derrière une blonde probablement dépressive... Il faut rester au moins un quart d'heure (tous les jours pendant trois mois) pour que ce soit efficace...de toute façon, au bout de deux à trois minutes, les jambes (l'eau s'arrête au ras du maillot) sont devenues complètement insensibles...La blonde me fait changer de sens de temps en temps, "pour varier" ...en effet, ça change assez notablement...
Une grande solidarité m'envahit, envers les pingouins, otaries et phoques des musées océanographiques de France...la blonde, pourtant, accomplit cet acte répétitif, et très probablement expiatoire, je ne vois pas d'autres raisons, quotidiennement depuis le début de son séjour...
Au bout de dix minutes, je sors du bain avec un sourire d'excuse, j'en ai ras le bol de tourner et je suis complètement frigorifiée...elle incline la tête dans un sourire de geisha... J'ai appris qu'elle accompagnait une amie qui, comme moi, avait reçu une cure en cadeau d’anniversaire, une semaine pour elle, deux jours pour moi...je me félicite intérieurement d’avoir invité trop peu d’amis pour qu’ils réunissent de quoi payer une semaine...
(à suivre)